De l'art rupestre aux Droits de l'homme:

L’Amour, Parcours du monde, Atelier de l'Univers

            Mesdames, Messieurs, bonsoir. Je tiens d’abord à remercier le cercle qui m’a honoré de cette invitation suite à  ma conférence à l’UNESCO  cette année sur le  thème  «  Le regard croisé sur la calligraphie ». J’essaie dans le temps que vous avez voulu bien m’accorder, de faire un tour avec vous vers les  profondeurs de l’existence de l’être humain,  de sa vie dans les grottes,  jusqu’à  l’invention des Droits de l’Homme, cette grammaire de la vie et de l’échange entre les peuples, les cultures, les générations. On peut lire les Droits de l’Homme à la lumière, notamment, de  cet étonnant poème du grand poète perse , Hafez de Chiraz, que avec votre permission ,  ai-je citerai d’abord en persan pour que vous entendiez bien la musicalité de ces vers:

با مدعی مگوييد اسرار عشق و مستی

تا بی‌خبر بميرد در درد خودپرستی

عاشق شو ار نه روزی کار جهان سر آيد

ناخوانده نقش مقصود از کارگاه هست

Au prétentieux ne livrez pas les secrets de l’amour et de l’ivresse,

Qu’il meure en ignorant, dans les douleurs du culte de soi !

Sois amant, sinon, le cours du monde finira un jour

Et tu n’auras pas lu à quoi sert l’atelier de l’existence.

 

(De traduction de Charles – Henri de Fouchécour d’édition de  2006)

 Shams ald –in Mohamad Hafez de Chiraz,  né au 14 siècle,  est le sommet de la poésie et de la culture persane. De ce sommet on peut entendre la culture perse. Dans sa poésie en utilisant des éléments clés de culture perse, il synthétise presque toutes les tendances : les mystiques,  les athées, les épicuriens,  les savants, les sages,  et surtout les  amoureux : sa poésie est l’école de l’amour.

 

Partons ensemble des parcours du monde à l’atelier de l’univers :

Plus de trois milliards années, de la  bactérie à l’être humain«  homo sapiens »  et quarante mille ans depuis cet avènement jusqu’à nos jours. La vie se continue et plus les années s’accumulent, plus la résistance devant la mort,  « cette chose », que nous appelons par simplification « la vie », augmente. Comme si le but de la vie était « la vie » contre « la mort ».

Ce parcours colossal  de « jouissance », passant  par une étape cruciale de droit de l’homme, ne peut pas s’arrêter sans aller jusqu’au droit à la vie, comme le seul droit valable sur  notre base « la terre ».

Au-delà des fossiles de nos ancêtres, il nous reste de ce parcours des témoins historiques et architecturaux, Il y a l’art rupestre, il y a des écrits, il y a la culture orale, il y a les patrimoines culturels humains et il y a la totalité des espèces vivant sur notre terre : témoins du passé et point de départ vers l’avenir.  .

Jusqu’au jour où on a  écrit sur un support. Et bientôt, c’est  la Déclaration universelle de droits de l’homme, et l’être humain se dresse  comme le plus noble témoin de ces trois milliards d’années. Ce Parcours du Droit le plus universel a encore de beaux jours devant lui : Ecrire le droit de la vie et bien entendu le faire respecter. Peut-être, peut-être ce droit nous conduit au-delà de cette terre !  Et peut-être, peut–être ce droit nous demande un autre espace ! Pour continuer à laisser cet héritage « la vie » à nos enfants il nous reste à chacun à tracer ce parcours collectif de la vie, mais à chacun son propre support…

« Silence est bleu à la hauteur des yeux de ciel,

 Le temps s’écoule jusqu’à bout de nos fatigues. »
Un parcours

 

Arrêtons un moment sur un Parcours  parmi des parcours du monde : mon parcours, ceci nous permet de mieux saisir dans quelle position je suis  et avec quel objectif j’observe et j’évolue dans l’univers…

 

  1. La Perse aux racines de mon parcours

 

Je souhaite retourner la camera vers l’intérieur, faire sortir le résultat d’un savoir et d’une connaissance, faire travailler ce potentiel à la fois intuitif et scientifique, car la psychanalyse est une intersection de l’art et de la  connaissance. Ouvrir de nouvelles pistes, au croisement d’une pratique de la science comme vérification et d’une pratique de l’intuition au service de l’invention, voilà ce qui est ma recherche.  Un exemple parmi d’autres, comme un des innombrables laboratoires dans notre atelier de l’existence, un exercice que chacun de nous peut  faire, car de toute façon dès qu’on parle, on parle que de soi. Un parcours de vingt ans pour trouver un autre «  Jayegah », le mot « Jayegah » en langue persane signifie temps - espace, l’expérimentation de double: l’orient - occident, symbolique - réel, intuition- expérience, une tracé autrement dans un volume à quatre dimensions. Ce que je veux partager avec vous ici est cette expérience que notre présence est un passage dans un volume, d’un point vers l’autre, unique, mais ce volume est la présence dans le «  Jayegah »  de la totalité au moins 11 milliards être humaines : donc  je ne suis pas seul.

 

Suite à ma  rencontre avec la psychanalyse, j’ai  développé un autre regard sur le mouvement culturel persan qui s’étend de 7000 ans avant notre ère jusqu’à  aujourd’hui. La manifestation des corps étant interdite en Islam, l’art et la littérature se manifestent autour de l’architecture, la poésie et la calligraphie. Bien entendu, ce nœud à trois dimensions, l’architecture, la poésie et la calligraphie,  porte en lui les trois moyens de la connaissance humaine :

- premièrement : l’effet de la réalité sensible (géographique, des modes de vie, du climat, de la nature, des végétaux, des fleurs et des déserts),

- deuxièmement : l’effet de l’imaginaire, des rêves, des fantasmes, des espoirs, des désirs,

- et enfin les effets du symbolique, incarnés dans la culture, dans les gestes, dans les signifiants, les mots, les façons de bouger, des mouvements du corps, les façons de tourner les yeux, les danses etc.

Le sensible, l’imaginaire, le symbole : le fait de voir, d’entendre, de sentir,  nous-même  et notre extérieur, nous renvoie à une réalité englobante qui se joue de nous, qui nous fait jouer, qui nous attend à quelques pas, au-delà de notre champ accessible. Et voilà dès notre arrivée, cette réalité prend le virage et  se cache derrière : derrière un mot, un regard, une sensation, un bruit, une tache, un sourire.

Ce que je cherche  est l’illustration de  la cohérence et de l’harmonie de cette image « Mondus Imaginalis », par la Calligraphie, la peinture, l’image de l’architecture dans la peinture, l’image des dessins et des courbes dans la calligraphie, les courbes des dômes dans les alphabets, et peut-être dans l’avenir les traces les plus profondes des symbolisations : des traces de l’art rupestre dans ces signes et ces symboles..

 

            Et de l’Iran aux Droits de l’Homme, c’est une rivière qui a coulé depuis des milliers d’années. Les premières couleurs des droits de l’homme, on peut les trouver dans  le cylindre de Cyrus,  fondateur de la Perse,  il y a 2500 ans déjà. La Perse a été le berceau de l’administration grâce à l’invention de  la Poste, l’Impôt et l’armée régulière. La Perse a été un précurseur de l’idée même de civilisation, par le respect des croyances et des rituels des différents peuples, par la présence d’une continuité dans l’architecture et dans la langue persane. Cette civilisation a subi des grands tremblements  culturels d’Alexandre à l’Islam, de Changiez à Tamerlan, du changement rapide et massif des religions de Mithriacisme au mazdéisme, de l’Islam sunnite à l’Islam Chiite, des découvertes de la  Modernité, avec la laïcité. Etre né à Chiraz  près de Persépolis, le symbole  de l’époque avant l’Islam, c’est garder en mémoire les traces de ruines choquantes pour un enfant. 

 

  1. connaître et créer

 

 Les dimensions multiples de ma présence dans l’univers l’une après l’autre ou bien en même temps ou parallèlement,  m’ont emporté par cette alchimie qui s’appelle la vie : D’une part, en tant qu’ingénieur, l’influence de la précision scientifique vers ses applications dans la réalité, par le biais des systèmes d’informations comme modèles,  fait sentir cette présence vers ce questionnement qui surgit de l’intérieur vers l’extérieur.

D’autre part l’intuition et la création artistique donnent l’épaisseur à ma vie dans le rêve, dans le fantasme  et dans la migration. Et pour illustrer ces dimensions, je cite l’un de mes poèmes suite à une rencontre avec ce poème de T.S. Eliot qui m’habite:

« I should be glad of another death »

Il apprend à voler ;

Il atteint le toit du détachement charnel ;

Seul plus haut, si haut qu’il ne peut plus voir le temps passé.

L’aigle de la solitude est né.

Un fragile diaphragme se déchire.

L’aigle libre, emporte sa nouvelle vie, à chaque instant, seul.

L’instant est le temps, l’univers est le point.

Sans recherche, les yeux pleins d’ironie, il trouve la solitude de la  mort.

“I should be glad of another death" * T. S. ELIOT

 

De l’étonnement devant le ciel étoilé des nuits désertiques de l’ Iran, en face de cette immense profondeur bleue, calligraphié par les poèmes à l’infini à la  recherche de  ses traces, et des années plus tard à l’école  polytechnique  de Téhéran, surgit le choix de  mon héros de la connaissance : Einstein. Ensuite la rencontre de très prés en Europe avec les disciples de Freud,  ce magicien, découvreur  des points d’ombre de notre esprit. Et ma  main qui s’est passionnée pour écrire et écrire la poésie de Hafez en Nastaliq sommet de la calligraphie persane: les courbes les plus harmonieuses  que l’être humain a inventé à ce jour à mes yeux. Ces dimensions retracent l’ écriture de l’atelier de l’univers,  du ciel  et du désert dans le réel de mon corps.

L’Alchimie commerce, cet  intérieur-extérieur, cette  intuition – connaissance.

La liberté de l’artiste et la rigueur du scientifique mais aussi quand il s’agit de calligraphie la rigueur de l’artiste et la liberté du scientifique, le langage de la nature et l’écriture de l’expérience humaine.

Un être est né, il va grandir dans l’étonnement devant : la présence de la science, Darwin, Freud Einstein, et Marx, dans les théories sociales expliquant des misères des habitants des bidonvilles et les dénuements  mystiques,  entre l’histoire de la philosophie écrite par Bertrand Russell, sans parler d’autant de savants et maîtres comme Avicin, Mola Sadra, Confucius ….,

entre ce monde de mouvement,  la laïcité, la  pensée libre, les  paroles et les productions et, en absorbant,  en mangeant ces grands univers multidimensionnels, en essayant de partir dans ce volume d’une diversité incohérente , entre les parole de Zarathoustra : pensée pure, parole pure et acte pur et la dureté  de tradition Chiite,;  et devant le ciel du désert infini,  à deux doigts de toucher les étoiles, et le mystère de naissance.

La rosée s’éveille,

Cette pureté de la nuit,

Nettoie la feuille.

 

L’intérêt de prendre en compte un volume de 14 milliards année,  11 milliards de vies d’homo-  sapiens- sapiens et 3 milliards  d’année de la première bactérie à nos jour, est de prendre en compte le  mouvement de la vie . Mettre chaque élément de la vie dans un  univers,dans la relativité dans la plénitude,la relativité par des groupes végétal, animal, être humain,  la relativité de statique vers dynamique. Imaginons un desparasites  sur une fourmi qui bouge sur le dos d’un cheval  dans un avion, la terre avec deux mouvements et le système solaire qui tourne au tour de centre de la galaxie et notre galaxie avec une vitesse vers quelque part, ce parasite est déjà  dans huit  mouvements :une illustration du dynamisme de notre univers.

A chaque geste, ma main se pose une question dans sa continuité entre cette fusion avec l’atelier de l’univers,  la répétition des mouvements respiratoires de la vie qui m’ont été transmis par les maîtres à ce jour et le point de découverte qui m’attend le moment suivant .Un geste qui m’ouvre vers un autre horizon,  pas seulement par les danses des mots entre eux par les jeux des caractères sur une surface blanche mais aussi , par l’harmonie ce qui se manifeste à travers des liens entre les blancs de non-écriture .

Laisser entendre une vérité grâce  à la dérive de quelques millimètres de prolongation d’un caractère à la fin d’un mot à la suite d’une phrase, un poème qui m’habite et se récite par la bouche d’un maître comme Hafez qui me regarde et me dirige juste au moment ou je suis sur le point de comprendre :

گفتم اين جام جهان بين به تو کی داد حکيم

گفت آن روز که اين گنبد مينا می‌کرد

Je lui dis : «  Cette coupe où  l’on voit le monde, quand le sage te l’a-t-il donnée ? »

Il répondit : «  le jour où Il formait cette coupole d’Azur émaillé. »

Oui, c’est le cœur qui est acteur de la recherche, mais il cherche un outil imaginaire pour voir la réponse,  un outil inaccessible aux sens et à la raison ?, que pour Hafez,  il n’y a qu’un être imaginaire, qu’un regard anthropologique, celui qui peut avoir une vue de l’histoire en profondeur , celui qui  lui a donné la vision depuis la création…. Cet outil est dans les observations, nos observations avec un angle du vue en profondeur et en volume de l’Univers… Nous sommes ici aussi dans le même positionnement, pour comprendre une bribe de quelque chose…

 

 

 

 

  1. Explorer l’intérieur : l’amour, outil de connaissance

 

Et finalement s’occuper de l’intérieur, enlever les masques successifs  de l’extérieur vers ce profond intérieur, faire de l’être humain un chantier d’observation, essayer de le couper et recouper dans un sens comme dans un  autre, 

-          de la culture grecque comme psyché et soma à l’Islam comme esprit et corps,

-          du mythologie  perse, de Ravan et Jan  (les deux concepts proches de âme et corps)  au mysticisme  de l’école persane et par son représentant le plus noble :  Hafez  qui monte à un degré assez parfait comme découpage en : Ravan, Jan, Tête , Cœur, esprit, jusqu’à  tête de cœur .

-          De la psychanalyse à l’anthropologie et le savoir des mots aux traces de savoir,  à prendre en compte le champ de profondeur de la connaissance avec cette diversité qui nous réunit. Découper et recouper un être parlant , faire et refaire de l’individu, cette indivisibilité de la bactérie d’une cellule à la vie jusqu'au sentir dans sa chair la parole de l’autre, un aller et retour  permanent entre indivisible et collectif, de famille au tribu, de l’ «état – nation» aux communautés de pensée et croyance, de l’unité de l’être parlant au primate, des animaux, des végétaux et tout simplement de la vie.

Ce cheminement, c’est apprendre à ne pas entrer dans le jeu de ses propres signifiants, à  se donner les moyens de prendre au jeu ses propres mondes, en entrant aussi les rêves, les fantasmes dans la vie de la cité et en soi même, et plus loin devenir sensible à ce qui est classé en délire, se  perdre dans la réalité des autres pour un autre : «  autre ». Apprendre à regarder un indivisible dans sa bulle qui nous donne l’image d’un monde virtuel  dans un grand bal masqué, et les réseaux de liens invisibles qui réunissent ces indivisibles et produisent d’ autres indivisibles. Dans la totalité des signifiants inventés à ce jour par cette masse de créateurs de symboles, qui finalement se véhicule si librement sans  que l’on puisse identifier lequel appartient à qui, nous nageons dans nos symboles, nous les développons, nous les transmettons et finalement nous les oublions pour qu’ un autre dans un autre moment le prenne en main et ça continue. C’est comme finalement la limite,  cette fameuse limite, ce point de l’univers est une grande somme de ses symboles et ça  aussi ce n’est pas si stable qu’on peut  le croire. si Cet ensemble de nos découvertes, de nos inventions, de nos connaissances et de nos savoirs dans l’art de comprendre notre soi et l’autre, de changer notre  soi et l’autre en même temps,  nous donne la  possibilité de changer l’état de l’être.

 

Citons encore Hafez :

 

بيا تا گل برافشانيم و می در ساغر اندازيم

فلک را سقف بشکافيم و طرحی نو دراندازيم

 

اگر غم لشکر انگيزد که خون عاشقان ريزد

من و ساقی به هم تازيم و بنيادش براندازيم

 

 

Viens t’en, nous effeuillerons la rose et dans la coupe verserons le vin!

Du ciel nous fendrons la voûte et lancerons un plan nouveau !

Si le chagrin lève une armée pour faire couler le sang des amants,

Moi et l’échanson ensemble attaquerons, mettant à bas ses fondations ;

 

Car c’est la finalité de cette démarche de connaissance de l’être humain - le champ de l’amour, qui est un  double lieu : de résonance avec l’être  (le sien ? l’être aimé ?) et  de présence dans le champ de l’être, présence qui guide son changement.

 Rien n’est écrit d’avance : la vie invente, construit et partage mais elle continue.

 

En  persan  le mot  « Hal » signifie le présent, passer un bon moment, et au même temps un concept comme ultime objectif pour les acteurs de l’expérience mystique . Arriver au moment de « Hal», ce moment à l’intersection de ce qui a été inventé et reste à inventer,  entre ce qui a été découvert et reste à découvrir, entre sentir l’extérieur, mais par l’intérieur comme au milieu d’un Tore, un extérieur qui donne vers intérieur ou un intérieur ouvert à l’extérieur.

 


1.     L’expérience de la vie comme atelier de l’univers

 

a.      La symbolisation est la voie pour penser l’univers

 

De ce parcours, revenons vers cet atelier de l’univers qu’est l’existence :

Je parle de l’atelier de l’univers comme d’un laboratoire dans lequel il y a des recherches ; pour comprendre  pour découvrir, pour inventer  l’autre et soi-même. Pour prolonger les outils des méthodes, s’adapter, à un espace temps multidimensionnel, à ces 14 milliards  d’années, ces 40 000 ans de  homo sapiens -sapiens , ces 11 milliards d’êtres humains nés à ce jour. Pour l’efficacité du fonctionnement de ces laboratoires il faut une règle de base : jusqu’où peuvent aller leurs libertés? Sans une grammaire, le dialogue ne peut pas être établi. Sans la liberté,  des frontières  et des expériences ne peuvent pas être franchies. Pour la tolérance et la réciprocité, il faut  communiquer et  passer le message, il faut  profiter des travaux des uns et des autres,  il nous faut une langue commune et bien sûr,  sans nous édicter la direction, un fondement laïque. La tolérance aussi a besoin d’avoir ses limites. Comment peut-on être sûr que notre limite de tolérance est vraie ? Est-ce le retour vers les frontières des symbolisations, parole et langage en éliminant l’ensemble de leurs effets. Ne serait-ce pas là une solution ?

 

Comme nous dit Saadi  ce grand poète du 13ème siècle  persan:

 

بنی آدم اعضای یک پیکرند

که در آفرینش ز یک گوهرند

چو عضوی به درد آورد روزگار

دگر عضو ها را نماند قرار

تو کز محنت دیگران بی غمی

نشاید که نامت نهند آدمی

« Les enfants d'Adam font partie d'un corps
Ils sont créés tous d'une même essence
Si une peine arrive à un membre du corps
Les autres aussi, perdent leur aisance
Si, pour la peine des autres, tu n'as pas de souffrance
Tu ne mériteras pas d'être dans ce corps »

L’effet mutuel des arborescences de notre présence dans cette atelier : l’arbre des langues ; arbre des écritures, arbre des ethnies et cultures et des mythologies communes, des voyages et des migrations qui s’enrichit des profondes racines de ces laboratoires et enfin des signifiants, des symboles et leurs effets pour élaborer à la fois un outil de communication avec nous même et  avec l’autre. Un exemple en est  les 140 000 langues ,  les plusieurs milliers d’écritures et la plus inchangée de  l’écriture, celle du chinois , avec son graphisme et sa beauté, tirant son origine de l’art rupestre  même,  comme par exemple Nastaliq…

 

L’invention de l’écriture commence par la  communication du symbolique pur,  les chiffres mathématiques jusqu’aux notes pour la communication entre les musiciens . Ces notes de musique, cette image passe à  la symbolisation même dans l’art rupestre. Dans certaines traces de dessins d’art rupestre on voit ainsi  un instrument de musique dont joue par un être humain et plusieurs points dessinés  en bas de l’instrument, des points  qui tombent de l’instrument  comme si nos ancêtres déjà avaient déjà symbolisé, même le son,  par des points.

 

A la recherche d’une valeur des valeurs, d’un point de commencement, peut-on faire la recherche avant et après la symbolisation ?  En comprenant les effets de la symbolisation:la séparation par la nomination communique avec le futur et l’autre. Mais il y a aussi  la séparation car il y différentes écoles de symbolisation, des séparations de langues, de cultures  et d’écritures. Cette séparation distingue l’autre sauf dans la musique, dans  l’art plastique. A l’intérieur de la symbolisation nous restons prisonniers et l’accès à cette valeur des valeurs nous devient impossible.  

 

b.     L’amour est la voie pour pénétrer l’univers

 

Hafez nous dit :

عشقت رسد به فرياد ار خود به سان حافظ

قرآن ز بر بخوانی در چارده روايت

L’amour te viendra en aide, même si, comme Hafez,

Tu récites le Coran dans ses quatorze recensions.

Remarquons que pour Hafez, même pour comprendre la voie du livre on a besoin de l’amour. L’amour qui répond à l’appel au secours lancé par qui cherche à comprendre quelque chose de cet atelier de l’univers,  à identifier un point de démarrage. L’amour intervient comme résonance  avec l’univers ,  comme un état d’être parlant de chaman à ce jour, comme une vibration avec l’autre, une compréhension par la continuité de l’être, l’être sans différence . Les grandes disciplines de connaissance par l’acte de symbolisation rendent mesurable le réel dans les unités de compréhension éducables. Mais il y a un  autre laboratoire hors quantification, hors logique de cause à l’effet, à la fois avant et après  dans le temps. Ce qui dans cet hors- symbolisation est qualifié comme inexplicable.

Comment pouvons- nous enrichir le travail de ces laboratoires de notre atelier de l’univers ? Entre ces deux extrêmes : l’amour visionnaire et la voix de la science,  il y a  la diversité culturelle.

Le respect de la continuité des chemins de la connaissance est la condition de leur enrichissement mutuel.

                        --------------------------------------------------------------------à    

-----------------------------------------------0--------------------------------------------------à temps

expérience  du passé                    jour                          invention +découverte de demain

                        <----------------------------------------------------------------------

Le temps nous permet de reprendre le temps du passé et le faire venir en présent, de faire redémarrer le passé en présent. L’écriture, la peinture, la photographie, les récits mythologiques, le cinéma , le théâtre , le roman, la nouvelle,…sont des archives de la trace de nos efforts dans l’univers et les effets mutuels d’une compréhension de notre passage via le progrès scientifiques et technique. En même temps la connaissance du passé nous permet davantage la connaissance de nous même et l’autre. Plus je sais comment je suis fait, plus je peux connaître mon univers et par conséquence  plus j’invente et cette procédure s’accélère plus en plus,  à tel point qu’on peut dire que plus de la moitié des savants que notre terre a hébergés sont aujourd’hui vivants.

 

Les disciplines scientifiques nagent aussi dans l’océan des signifiants, cette prison qui nous bloque aux signifiés et Hafez l’avait pressenti :

بشوی اوراق اگر همدرس مایی

   که علم عشق در دفتر نباشد

Si tu es notre camarade d’école, lessive les pages.

Car la science de l’amour n’est pas dans les cahiers

 

2.     la déclaration des droits de l’homme comme pierre de Rosette

Alors Quelle grammaire pour nos laboratoires ?

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, avec son introduction et ses trente articles, charpente de la structure de notre cité : elle est le sommet de la longue marche de la vie collective de nos parents, des grottes vers la lune. Des premières traces de symbolisation, les peintures rupestres,  à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, cette distance d’environ quarante mille ans, d’ efforts et de luttes pour augmenter les champs de notre connaissance et de notre bien-être, est une longue traversée. Les quatre vingt mille champs des dessins préhistoriques découverts à ce jour, ( 40000 – 8000 ans avant notre ère), avec la diversité de leurs symbolisations, et les moyens utilisés, situés sur les cinq continents, parlent de l’espoir, de voyage, de l’espérance de paix, de vie en famille, de découvertes, d’étonnement devant l’univers, et enfin des relations avec l’autre et avec la nature…
 J’entends la même voix en regardants les œuvres rupestres qu’à la lecture de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : celle du premier être humain qui se dresse. Cette voix résonne aussi  dans le livre des rois de notre poète épique persan Ferdowsi, écrit  au 10ème siècle en plus de 50000 vers. Après son développement au sujet de l’univers,  il nous dit  comment l’être humain a vu  le jour : 

 

چو زین بگذری مردم آمد پدید - شد این بندها را سراسر کلید

سرش راست بر شد چو سرو بلند - به گفتار خوب و خرد کاربند

پذیرنده‌ی هوش و رای و خرد - مر او را دد و دام فرمان برد

ز راه خرد بنگری اندکی - که مردم به معنی چه باشد یکی

ترا از دو گیتی برآورده‌اند - به چندین میانچی بپرورده‌اند

نخستین فطرت پسین شمار - تویی خویشتن را به بازی مدار

Après ça l’être humain se manifeste

Il est devenu la clé pour l’ensemble de ces nœuds

Sa tête se dresse comme un cyprès haut

Bon en discours en profitant de la raison

Il absorbe l’intelligence, la pensée et la raison

Les animaux domestiques et sauvages lui obéissent

Si tu observes par la voix de la raison

Que l’être humain dans l’essence n’est qu’un

On t’a sorti de deux mondes

On t’a donné des moyens

Premier dans la nature, et dernier qui compte

C’est toi, ne te prends pas dans un  jeu.

 

 On peut se demander comment  Ferdowsi il y a plus de 1000 ans , sans les connaissances scientifiques de notre siècle , a établi autant de constats justes sur l’évolution de l’Être humain?

 

Notons quelques  traces visibles de l’invention des principes de la laïcité, de l’égalité et de la  liberté fondé sur l’Être humain et sa présence dans cet atelier de l’univers :

-          Du cylindre de Cyrus, le  fondateur de l’Etat Perse il y a 2500 ans ;  

-          à Ferdowsi savant et observateur fin de ce monde, au 10ème siècle, 

-          aux citoyens anglais qui ont établi d’abord au 13ème  siècle le principe du jury :qui dit qu’un être humain libre ne peut  être jugé que par des hommes libres,

-          et ensuite au 17 siècles ils ont avancé ceci : «  nul ne peut demeurer détenu sinon par la décision d’un juge » ;

-          Aux américains qui ont adopté comme une  base sacrée  pour l’élaboration de la  loi constitutionnelle des Etats unis en 1787  la continuité des principes des droits de l’homme et finalement en 1789 la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen devient une étoile éclatante, un texte plus que philosophique, résultat des lignes de lumières,  une force incomparable, la beauté du style, la clarté politique, l’audace des bases et des principes annoncés.

 


3.     De  la symbolisation jusqu’à la  non- symbolisation : un panorama des méthodes qu’ici, j’évoquerai rapidement  par les quatre exemples suivants :

 

Des signes peuvent vivre individuellement, séparément, sans support particulier, sans aucun lien entre eux, dans différentes époques, et au sein des cultures variées. Mais, les signifiants et  les symboles vivent entre eux ; ils sont sujets d'échanges, chaque symbole a un passé, il est le produit d'autres symboles et, à son tour, en génère de nouveaux. Les alphabets, les caractères du langage (musical, mathématique…) constituent un ensemble enchaîné, qui agrandit l'environnement de notre monde et de notre culture, de notre connaissance et de notre savoir. Le blanc, le vide, ce non-signe entre les signes est une chaîne aussi, une chaîne à l'infini…La signification nous vient de l'espace entre les signes. Je cherche des espaces vides et leurs significations……. Ecoutons encore quelques versets de mon poème :

Bien que de nombreux univers nous soient ouverts,

Nous sommes restés les petits habitants de notre village natal.

Dans le rêve, Dans la chimère, Dans les souvenirs,

Parmi les mots envolés, futurs ou restés sur les lèvres des étourdis,

Dans les croyances des défunts ou les sourires des gens à venir,

De nombreux univers nous étions ouverts,

Et nous sommes restés les petits habitants de notre village natal.

 

a.     Premier Exemple : L’Expérience du voyage mystique,  un exemple d’observation de la vie par des écoles mystiques du  10ème au 14ème siècles: les sept vallées :

Première vallée : La Recherche : talab : Réveil ; un être vivant entre dans la vie, il  prendre la vie en main.. il va  loin, il vit  dans les conditions extrêmes,  dans la nature de la vie : de  Christophe Colomb à Gagarine sur la lune vers le ciel : par la pensée et l’imagination, à la recherche  de substance de la vie nommé Latifa comme les  Alchimistes 

Deuxième vallée  l’Amour : eshgh, Le moteur, l’énergie de mouvement ; des différentes définitions de l’amour ; le modèle de base comme Freud  l’a dit ; entre l’enfant et sa mère,  un état fusionnel de séparation mais aussi l’attachement, il y a un autre qui a déjà le potentiel de ne pas être un autre indéfinissable, trop proche, ce qui après le réveil nous empêche de dormir : la naissance,  le renouvellement :

Troisième vallée-La Connaissance : ma’arefat , et prendre  connaissance, après la naissance il y a là un  moi,  il y a une autre présence de chacun qui donne droit à la connaissance de l’autre, l’observation, la comparaison, la création des symboles, la castration, de l’art rupestre vers  le temps- espace…

Quatrième vallée – l’Indépendance : esteghnaa ; si je suis un élément parmi les autres, j’ai la même valeur et je ne peux avoir qu’à ma taille : l’écologie, l’économie durable, … écoutons Hafez l’adorateur d’amour ; un oiseau d’un autre monde

 

Je suis empoussiéré de pauvreté, mais honte soit à mon haut dessein

Si je mouille le pan de ma robe à l’eau de la source du soleil ! 346-345

 

Cinquième vallée-l’ Union : touhid, fusion après cette connaissance,   au but il y a ce sentiment d’arriver de raisonner et de résonner,  il y a dans ce contexte la démarche mystique persan : hoo, que signifie  lui ou il ou elle ou seulement autre, il n’y a que lui autre : hoo

Sixième vallée- le Stupeur : Hirat ; l’étonnement : la profondeur  de ma place et mes yeux s’ouvre et je vois, loin et plus en plus irréversible 

Septième vallée –le  Dénuement : faghr va fana : la vie tout court, telle. Qu’Hafez nous la décrit ainsi :

 

 

چيست اين سقف بلند ساده بسيارنقش

زين معما هيچ دانا در جهان آگاه نيست

Qu’est ce haut plafond fixe et tout décoré?

Aucun savant au monde ne sait résoudre cette énigme.

 

b.     Deuxième exemple: Les 7 domaines hors champ  de la symbolisation: du  Chaman à nos jours :

L'état visionnaire (expérience mystique), les prophéties et l'expérience de mort imminente (Near Death Experience = NDE), ces trois éléments nous viennent de très loin. Cependant, il existe des ressemblances entres les trois discours. D'une part la découverte "d'inconscient en moi" comme d'un "autre côté" de moi, d'autre part l'importance des mots et du langage comme base et structure de notre inconscient, montrent que l'utilisation des mots est l'événement qui nous a donné la qualité d'"être humain". l’avènement du mot a permis de construire notre mémoire des mots, il concrétise nos sensations, il invente des concepts qui se rejoignent aux frontières des mots".

La clef retrouvée est " le mot : Pour désigner et lier les choses entre elles via

l'espace temps" et l’effet de signifiant : sur la base des recherches de Sigmund Freud, ses élèves et surtout Jacques Lacan. A la frontière entre l'état animal et l'invention des mots, que s'est-il passé ? Pour quelles raisons avons nous besoin d'autre chose que des mots pour nous exprimer ? (par exemple la musique, l'art, la danse, etc. …). Pourquoi les grands maîtres mystiques ont-ils toujours le sentiment de ne pas être capables de relater leurs expériences ésotériques et visionnaires ? La même constatation est faite par les sujets qui ont connu des états NDE. L'ensemble de ces interrogations conduit à la même question sur la structure de la mémoire: existerait-il une couche de mémoire qui nous serait  restée d’avant l'invention des mots ? Un endroit qui ne peut connaître ni le temps ni l'espace. A ce moment là "temps" signifie toujours, maintenant et éternité et "l'espace" est partout. Les trois notions de "lumière" d'"amour"  et de l"autre côté" de moi forment un pont historique entre les premiers éléments  mythologiques, religieux et les expériences de mort imminente (NDE).

 

Expérience mystique : "Je suis amoureux de mois sans moi»", cette

phrase de Rûzbehan ("Rûzbehan baqali chirazi", un grand savant et mystique iranien, est né au 12ème siècle .)  a été traduite par Henry Corbin ( Chargé de mission en Turquie, puis en Iran, il fonde le département d'Iranologie de l'Institut Franco-Iranien , et révèle à l'occident un continent spirituel inconnu à travers "Histoire de la philosophie islamique en islam iranien" quatre volumes consacrés aux penseurs iraniens, Chiites, Ismaéliens et soufis. Il est mort à Paris en 1978.) Henry Corbin traduit : « c'est moi-même qui, sans moi-même, suis l'amant de moi-même ».

Le "moi" qui est le sujet d'amour dans cette phrase n'est-il pas la même partie que celle que Najm Kobra, qui a voyagé au 12ème siècle dans toute l’Asie Centrale, décrivait dans son livre "les intérêts de beauté …" : "Sache que l'âme, le démon, l'ange, ne sont pas des réalités intrinsèques à toi, tu es elles-mêmes. Semblablement, le ciel, la terre et le trône ne sont pas des choses intrinsèques à toi, ni le paradis, ni l'enfer, ni la mort, ni la vie. Elles existent en toi, lorsque tu auras accompli le voyage mystique et que tu seras devenu pur, tu prendras conscience de cela"

En vérité, l'état visionnaire peut être considéré comme un cas exceptionnel qui permet de se rapprocher de cette couche de mémoire qui existe en nous.  La notion de paradis, où il n'existe ni le temps ni le lieu, comme le croyaient notamment les Celtes, a été développée dans la quasi-totalité des mythologies et des religions. A travers différents textes, le paradis est décrit comme un lieu d'éternité, un cadre de vie fleuri, verdoyant où chantent les oiseaux. Cette description n'est-elle pas une photographie de notre environnement avant l'invention des mots ? C'est ici que l'image d'Eden, du paradis, de pré-éternité se rejoignent. Autrement-dit c'est une autre idée du temps circulaire : le départ et la fin sont les mêmes : Eden et Paradis.

L'analyse de ce discours montre que cette notion de l'"autre monde" où le temps et le lieu sont "autres" existe en nous et parallèlement, notre intelligence humaine ne peut pas les concevoir. Alors par quel biais cette notion nous est-elle arrivée ?

 

III- Lumière, Amour : Les traces laissées dans un non-temps, non-espace,

dans ce non-lieu "Eden-terre Céleste – Paradis rejaillissement à travers deux autres

phénomènes qui se manifestent depuis des temps mythiques jusqu'à aujourd'hui : "la

lumière" et "l'Amour". La lumière est en contraste avec les ténèbres, or notre base de compréhension fonctionne grâce aux contrastes. L'amour est l'état de bien être dans cet "Eden-Terre pré-éternel, le présent et le post-éternel". Ce sentiment de bien être, cet amour sans "sujet", se traduisent par une union. Rappelons la phrase de Rûzbehan : "je suis amoureux de moi sans moi". Le bonheur se manifeste via la lumière et sans notion de temps. Ainsi selon Ibn Arabie : "l'Amour divin est un Esprit sans corps, l'Amour physique est un corps sans esprit : l'Amour spirituel possède en revanche esprit et corps"

Dans l'Evangile selon saint Jean, les quatre notions : la lumière, l'amour, la

parole et l'union se centralisent en Jésus : "pendant que je suis dans le monde, je suis

la lumière du monde" (9/5), "Moi et le Père nous sommes Un" (10/30), "Jésus leur parle

de nouveau et dit : je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas

dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie" (8/12).

Un autre cas de voyage visionnaire, expérience de mort imminente (NDE) a été

développé par le docteur Moody en 1945 et il a été depuis sujet de recherches. Ce

phénomène a été clairement résumé dans le livre "Enquête sur l'existence des Anges gardiens". Le sujet déclare toujours que ce qu'il a vécu n'est pas exprimable avec des mots

humains. Il s'entend déclarer mort ou bien tout lui semble étrange ; il se sent mort. Il ne

ressent plus aucune douleur et il se sent parfaitement détendu et calme, le sujet sort de

son corps et voit ce qui se passe autour de lui, il est aspiré dans une sorte de tunnel, il

aperçoit une lumière brillante, il se heurte à une sorte de "frontière".

Il suffit de comparer les paroles rapportées par les sujets (prophètes, mystiques,

expériences NDE) ayant connu une expérience visionnaire pour réaliser leur similitude.

Mais alors que l'expérience de mort imminente n'arrive qu'à des sujets dont la mort a

été déclarée cliniquement, l'expérience visionnaire des mystiques a besoin de la

volonté et d'une méthode directe ou indirecte pour accomplir le voyage.

 

IV- Hypothèse : Les verbes, les logos, le mot revêt plusieurs aspects : Il est un

moyen de communication avec "moi", avec "l'autre", il est un moyen de transmettre le

savoir et la connaissance de génération en génération, il est la base de la structure de

notre mémoire qui nous permet d'avoir la connaissance de notre inconscient.

N'est-ce pas la raison pour laquelle on dit que le Dieu a mis son esprit, l'esprit

étant le mot, en l'être humain ? Sans la mémoire des mots, la parole ne peut pas

exister. Autrement-dit la Parole – Logos - Dieu est notre capacité à mémoriser les

"mots". Avant la présence des mots qui étions-nous ? Une autre mémoire fonctionnait

et fonctionne encore par l'intermédiaire des "images", des "symboles".

 

En outre, notre perception du monde avant l'invention des mots ne peut être

exprimée avec les mots : un "bi-unité qui en fait échappe aux catégories du langage

humain" Il y a un autre monde, une autre mémoire, un autre langage. "Parler c'est

traduire une langue angélique en une langue humaine», toute architecture du

suprasensible passe par cette frontière entre les deux mémoires, celle des mots et celle

au-delà des mot .Le seul élément qui permet de construire une mémoire, hors la mémoire des mots, passe par la dualité "présence-absence" de lumière.

Ce qui se manifeste tantôt comme un "voyage" tantôt comme une rencontre avec

l'"Autre" et tantôt comme une représentation de la divinité (âme, esprit) peut provenir de

la même base. Cette base est à la fois en nous, une partie de notre "livre mémoire" et

aussi à l'extérieur dans notre patrimoine collectif humain, avant l'invention des mots. Une autre expérience depuis nuit des temps, celles  des chamans.

 

Ernesto de Martino 1908 – 1965 a été professeur d’histoire des religions à l’Université de Cagliarie. Il développe une pensée originale et novatrice. Son oeuvre fait actuellement l’objet d’une redécouverte sur le plan international, dans les domaines non seulement de l’anthropologie et de l’ethnologie, mais des sciences humaines en général. 

En analysant des rapports des ethnologues de son époque,  il pose des questions sur les contenues  des  rapports réalisés par des scientifiques européens. Il questionne ces collègues on leur demandant ainsi: soit les chamans sont hors réalité et leurs discours sont l’issue de leur imaginations et soit,  il y a certaines vérités en eux.  Dans une œuvre colossale sur le monde magique il analyse profondément des rapports des ethnologues et il trouve un élément qui ressemble étrangement à des expériences mystiques dans Zekre : Je le cite :   p 141 : «  dans la danse de bison chez les Dakota, la présence du bison par le danseur et la présence effective du bison constituent , pour nous , deux trait indépendants , mais dans la conscience du danseur Dakota  la qualité commune de la présence imprègne si fortement le désir et les impulsions qu’elle efface la diversité : en vertu de la pure présence vécue, les deux ordres de faits deviennent une seul et même chose. » comme cette essai d’effacement des effets de significatifs. Un autre exemple : p 143 : « Considérons, par , exemple, le Latah qui répète le bruissement des feuilles et des branches agitées par le vent. Cette forme d’imitation passive réalise pleinement la fusion affective du sujet et de l’objet : elle n’a cependant rien d’une imitation magie. »

Quelle expérience pour nous donner une autre leçon d’humilité devant les méthodes de notre propre laboratoire. Il faut plus de 50 ans  pour que le génie d’un penseur sur ces questions soit reconnu.

 

c.     Troisième Exemple : Découpage de l’être humain: la découvert de l’Inconscient

Les éléments novateurs dans l’approche de  Sigmund  Freud peuvent se résumer ainsi:

-         mettre le  corps humain avec sa psyché dans cadre anthropologique,

-         donner l’importance à la mythologie, au  savoir et à la connaissance orale, nommer les concepts analytiques via des signifiants mythologiques,

-         ouvrir l’être humain dans ses trois dimensions : rêve, fantasme et  réalité des quotidiens ,

-         mettre un être humain dans le prolongement de sa naissance

-         postuler l’inconscient comme un lieu psychique basé sur le refoulement depuis la toute petite enfance,

-         relier l’ensemble des plaisirs humain à une seule et unique origine depuis la naissance donc oser de parler de la sexualité enfantine

-          Et finalement mettre l’être humain dans son milieu culturel …

 

Cette intuition se retrouve en plusieurs temps et en plusieurs lieux :

-         En Inde où l'on trouve encore aujourd'hui 3 sortes de médecins : Les médecins de pensée, les sages, les médecins de parole, (les chamans) et les médecins du corps, qui s'occupent uniquement du corps physique. En Europe 18ème siècle, Mesmer avec la théorie du magnétisme animal avait fabriqué des aimants en forme du cœur à poser à l'emplacement de celui-ci, en vue de soigner l'hystérie et ses effets psychosomatiques. Là aussi, on pensait que "le cœur" (la pensée) et le physique étaient liés.

-         En Chine où le cœur est le centre psychosomatique :" Le cœur est le roi du corps".

-         Dans l'Egypte antique en revanche, le cœur était le siège de la pensée et de la raison. C'est paradoxal par rapport aux autres visions déjà rencontrées où interviennent les - sentiments. 

-         Comment est perçu le cœur en Islam ? Il est l'organe vital, il jouit d'une triple interprétation, organique, spirituelle et mystique.  Dans la poésie persane, il y a en permanence une lutte profonde entre "moi" et le cœur. Par exemple : "je souhaite avoir "le cœur libre de moi et de nous" ou bien "je pleure pour mon cœur et il se moque de moi ». Dans la langue persane, j'ai dénombré à ce jour au moins 166 mots construits avec le signifiant "DEL" qui signifie "le cœur" non physique, mais la partie métaphorique du cœur.

En effet, autour des deux concepts "Cœur" et l"inconscient", nous trouvons presque partout une idée que je ne développe (pas ?) ici. Cette idée est l’un des sujets de mes recherches présentés dans mes articles qui souligne que dans plusieurs laboratoires culturels de nos cultures variés, il existe déjà le sentiment  qu’il y a un lieu psychique  comme centre de nos sentiments, nommé cœur.

d.     Quatrième Exemple: de l’Art rupestre à la calligraphie :

 

Les Perses ont changé leurs écritures  cunéiformes contre l’alphabet Arabe. Cet alphabet de moins de trente caractères était essentiellement constitué des tirets uniformes qui se rencontraient avec des angles de quatre vingt dix degrés. Pendant quinze siècles les Perses ont apporté deux modifications majeures : l’épaisseur des tirets a évolué et les angles sont devenus variables ;  par la suite un jeu d’harmonisation des courbes a pris  la place des tirets et des angles.

Pendant des siècles,  avec  patience et passion, les maîtres de la calligraphie Persane ont voulu mettre en harmonie cette calligraphie avec la totalité de la culture Perse . Les artistes contemporains Iraniens,  via l’invention d’une `` calligraphie - peinture `` , nous permettent de saisir  la beauté et la finesse de cette écriture . L’industrie de l’édition , l’imprimerie et les traitements de texte n’ont pas aidé à l’avancement de ces recherches calligraphiques .

Se laisser aller à l’influence des caractères, en se libérant du temps ; nager dans ces signes , être touché par la pluie des mots ; laisser le temps prendre en jeu des phrases et des vers ,voilà ma passion qui se livre à vos yeux .

Où sont ces caractères coulants des mains des maîtres d’il y a mille ans dans des livres manuscrits ? Où sont  ces mots brûlés par les Mongols ? Où sont ces poèmes perdus dans les déserts ,  fondus dans l’imaginaire et les  nostalgies d’un peuple ? Où sont ces courbes : grâce aux quelles un peuple voit le miroir de l’univers.

Je les cherche .........

Je vous propose de jeter un coup d’œil sur la récente recherche sur l’origine de l’écriture qui nous donne une clé très intéressante et confirme à la fois mon intuition, il y plus de vingt ans, et la méthode que même les maîtres calligraphies persans, essaient de formuler leur art comme un  outil pédagogique. Encore une fois, une autre preuve, qui montre que le processus de découvert  par notre intuition et par la science ne sont que complémentaires pour ce qui touche à l’humain. Ce qui nous avons découvert par une méthode rigoureuse ; un calcul poussé par une technologie très avancée, a été perçu par ces maîtres avant.

D’abord et rapidement le résultat du travail de Changizi, chercheur américain  Une analyse strictement visuelle des écritures : je le cite : « L’Homme se débrouille pour lire et écrire avec un cerveau qui n’a pas été fait pour ça » Via l’étude approfondie des cerveaux des singes courant les années  90.Ils constatent: « L’existence dans le cerveau des singes d’une sorte de dictionnaires cortical des formes élémentaires. Une véritable mosaïque permettant de coder toutes les formes élémentaires retrouvées dans la nature.. Combinant ces formes élémentaires codées dans notre cerveau: Un véritable alphabet pour d’écrire les objets. »

 

 

4.     Et en guise de Conclusion :  

Ce que je cherche, par cette sensibilité, est l’illustration de la cohérence et l’harmonie de cette image « d’un monde parallèle », par la calligraphie, la peinture, l’image de l’architecture dans la peinture, l’image des dessins et des courbes dans la calligraphie, les courbes des dômes dans les alphabets, et peut être dans l’avenir, les traces les plus profondes des symbolisations : des traces de l’art rupestre dans ces signes et ces symboles.

 

Les laboratoires des connaissances et des constructions de nous mêmes et l’autre sont à l’infini, simplement pour notre temps : Sigmund Freud  a fait entrer le rêve et le fantasme dans les champs d’étude; Ernest De Martino ; a fait entrer le discours de chaman. Il ne faut pas à hésiter d’inventer des laboratoires, ils vont trouver leurs places dans l’avenir, le travail, l’invention, s’y perdra pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Vivons avec notre être pour devenir :

Je finis avec des poèmes de notre recueille de 100 poésies :

« Piano à quatre mains » écrit avec mon épouse :

38

C’est un arc en ciel de sept couleurs la vie,

Des sept couleurs de l’arc en ciel sont l’essence de la vie.

L’effort, la joie, la passion, l’amour, la compassion, l’objectif et l’élaboration.

42

Jusqu’à la naissance,

Le regard de la mère lie le passé à l’avenir,

Une fillette souriante, avec la perle de son cœur,

Capte le regard,

Et le jardin devient  printemps avec une mélodie joyeuse.

43

Le regard palpite jusqu’à plus soif de perception,

Soudain une fenêtre prend son  envol,

Et  ton ciel me retrouve.

59

Ces mots sereins,

Les Briques de la petite cabane de ma vie :

Travail, Se promener, Embrasser, Le Silence, Caresser, Souhait, Amour, Aimer.

 

Merci.