Association Culture Libre

Conférence de :
Hassan Makaremi : Chercheur, Psychanalyste
En Langue Française :
Jeudi le 29 juillet : à 19h
De l'art rupestre aux Droits de l'homme:
L’Amour, Parcours du monde, Atelier de l'Univers
Un voyage avec un poème de Hafez de Chiraz:
« Sois amant, sinon, le cours du monde finira un jour
Et tu n’auras pas lu à quoi sert l’atelier de l’existence»
MAISON DES ASSOCIATIONS du 16ème
ASSOCIATION CULTURE LIBRE – Salle 1- sous-sol
Ave. du Président Kennedy
14 Avenue René Boylesve
75016 Paris
Métro : Ligne 6 - PASSY
Bus : Ligne 72 – Bir-Hakeim
3e année – 24e programme





Catalogue de l’Unesco : Festival de la diversité culturelle 2009 Paris

« Hassan Makaremi, psychanalyste, peintre et calligraphe, est né à Chiraz, Iran, en 1950. Depuis 1983, il vit et travaille en France. Ingénieur de formation, Hassan Makaremi est diplômé de l’école Polytechnique de Téhéran et de l’École Centrale de Paris. En tant que spécialiste de la stratégie, il collabore avec le Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques de Paris et l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris – Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
Il a organisé plus de dix-sept expositions de ses oeuvres en France et aux États-
Unis. Il a publié des articles dans des revues françaises et iraniennes (dont certains ont été regroupés dans un recueil en 2005), deux roman et un recueil de poésie «piano à quatre mains », avec son épouse »


De plus, depuis cette année, le musée de calligraphie contemporaine de Moscou héberge ses œuvres.










Je suis né à Chiraz, Iran en 1950.
Je suis passé par différentes universités, en tant qu'étudiant ou enseignant:
- En Iran, par l'école Polytechnique de Téhéran, l’Université de Chiraz, l’Université de Baloutchistan,
- Puis en France par l’Université de Compiègne, l’Ecole Centrale de Paris, la Faculté de Médecine de l’Université Paris 7, Le Centre d’Etude Diplomatique et Stratégique de Paris.
Aujourd'hui, je me consacre à différentes activités :
- Psychanalyste
- Calligraphe, peintre
- Membre de l’équipe de recherche Sorbonne
- Défenseur des droits de l’Homme
Je peux résumer mes activités par les aboutissements suivants :
- Dix-sept expositions de peinture et calligraphie
- Depuis cette année, le musée de la calligraphie contemporaine de Moscou héberge mes tableaux.
- Plus de quarante conférences
- Deux romans, un recueil de poésie écrit avec mon épouse et un recueil d’articles
Je vis dans l'espoir d’être utile à la construction de l’Iran libre.







غزل شماره ۴۳۵ P1048 G426

با مدعی مگویید اسرار عشق و مستی
تا بیخبر بمیرد در درد خودپرستی
عاشق شو ار نه روزی کار جهان سر آید
ناخوانده نقش مقصود از کارگاه هستی
دوش آن صنم چه خوش گفت در مجلس مغانم
با کافران چه کارت گر بت نمیپرستی
سلطان من خدا را زلفت شکست ما را
تا کی کند سیاهی چندین درازدستی
در گوشه سلامت مستور چون توان بود
تا نرگس تو با ما گوید رموز مستی
آن روز دیده بودم این فتنهها که برخاست
کز سرکشی زمانی با ما نمینشستی
عشقت به دست طوفان خواهد سپرد حافظ
چون برق از این کشاکش پنداشتی که جستی










که مپرس
P703G265
“ J’ai subi la douleur d’un amour …ah, ne me questionne pas! » !
….
….
« Etranger sur le chemin de l’amour comme Hafez,
J’ai atteint un degré .. ah, ne me questionne pas ! »

Ici chaque « ne me questionne pas » est doté d'un caractère, d'un sens, d'une personnalité, un miracle. Hafez nous enseigne, l’importance de chaque mot, de sa place, des relations entre les mots, entre les mots et les vers, entre les vers, entres les Ghazal, et finalement les relations entre chaque mot de la poésie de Hafez et sa présence dans l’univers.

غزل شماره ۲۷۰


درد عشقی کشیدهام که مپرس
زهر هجری چشیدهام که مپرس

گشتهام در جهان و آخر کار
دلبری برگزیدهام که مپرس
آن چنان در هوای خاک درش

میرود آب دیدهام که مپرس
من به گوش خود از دهانش دوش

سخنانی شنیدهام که مپرس

سوی من لب چه میگزی که مگوی
لب لعلی گزیدهام که مپرس

بی تو در کلبه گدایی خویش
رنجهایی کشیدهام که مپرس

همچو حافظ غریب در ره عشق
به مقامی رسیدهام که مپرس


Malgré tout, il faut questionner Hafez.
- Chers amis,
Merci d’Etre là ce 29 juillet, pour écouter un discours sur un poème de Hafez de Chiraz (poète iranien de 14 siècle) . Un grand merci, pour me donner l’occasion de partager avec vous 46 ans de passion pour Hafez.
- J'adresse mes remerciements Mme. Anzalchi la présidente de l’association culture libre, qui nous offre l'occasion chaque année de nous retrouver autour de Hafez. La première de cette rencontre, en novembre 2008, était consacré à Hafez et la vision en persan.
Cette Association défend une cause noble, l'échange culturel entre deux cultures qui ont toutes deux apporté de grandes richesses au mondes.
- Je vous propose ce soir de partager avec vous mon 12ème discours sur Hafez en nous basantsur 4 discours en persan et 7 discours en français que j'avais réalisés sur le parcours de l'art rupestre aux Droits de l'homme, L’Amour, Parcours du monde, Atelier de l'Univers :Un voyage avec un poème de Hafez de Chiraz:
-
- « Sois amant, sinon, le cours du monde finira un jour
Et tu n’auras pas lu à quoi sert l’atelier de l’existence»
La discussion de ce soir abordera les thèmes suivant
o Hafez et sa poésie, sa place dans la culture perse….
o Hafez et l'Atelier de l’Univers
o Ce que l’on peut en déduire
o Et nous irons un peu plus loin, si vous avez encore le courage de m’écouter
§ Hafez est l'un de mes alliés depuis l’âge de 14 ans
§ Mes projets de recherches autour de Hafez et votre participation, par groupe de travail ou de façon individuelle.




La traduction de poésie de Hafez
Et avant de commencer un remerciement profond à La traduction complète du Divân est la première qui paraît en français. Toute l’érudition du traducteur, Charles-Henri de Fouchécour, est mise au service de la beauté de la langue et du souci que chacun puisse faire de cette œuvre une lecture personnelle et approfondie : éditer en 2006, chez : Les éditions Verdier.
Et D’autres tentatives de transposition ont été faites par le passé, notamment par Vincent-Mansour Monteil et Akbar Tadjivi (L’amour, l’amant, l’aimé, Sindbad-Unesco-Actes Sud, 1989 et 1998).
Saadi en français : : début de 17 èm’
Hafez : Premier Ghazal fin 18ème
1927, 175 Ghazal
1989, 100 Ghazal
et 2006 la totalité..
En anglais : La première traduction de Hafez en langue anglaise a été réalisée en 1771 par William Jones.
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Autre : Influence après sa mort
Hegel le lit. Victor Hugo invoque le nom du grand lyrique persan du XIVe dans Les Orientales. Pour Goethe, qui fait de lui son modèle et son maître, Hâfez est le visage même du poète
Johann Wolfgang von Goethe / page de titre de West-Östlicher Divan / 1819 / Stuttgart / Staatsbibliothek Preußischer Kulturbesitz, Berlin
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I- Qui est Hafez : Le sommet Culture persane

Son nom complet est Shams ad –in Mohamad Hafez de Chiraz, né vers 1320 (+- 5 ans) et mort à l'age de 69 ans. Hafez signifie littéralement gardien, et sert à désigner les personnes ayant mémorisé par cœur l'intégralité du Coran. Selon une autre hypothèse, Hafez veut dire poète ou celui qui connaît par cœur la poésie, dans certaines régions d’Iran et d’Asie centrale, où l’adjectif Hafez continue d'être utilisé à ce jour) .Il serait le fils de Baha-ud-Din. Hafez est le sommet de poésie persane, ainsi que de la culture persane. De ce sommet on peut entendre la culture perse qui le précède ainsi que celle lui succède, car son influence est énorme.
Resituons Hafez dans la lignée des savants de son époque : Il vécut un siècle après Saadi grand architecte de langue persane, 50 ans après Moulana, inventeur de Ghazals passionnants , et un siècle après Ibn Arabie.
Hafez vécut sous trois époques de gouvernance :
- Abu Ishagh Injou, modéré, aimant la culture
- Mobarez aldin Mozafar gouverneur de Kerman, puis Yazd qui pris le pouvoir, rigide. Hafez le nom : Mohtaseb : Filc !
- Chah Chojae, le fils de Mohtaseb qui prit la place de son père et fit revenir le calme.

Dans sa poésie, en utilisant des éléments clés de la culture perse, Hafez en reprend presque toutes les tendances : les mystiques ; les religions (le musellement des différentes tendances ; ainsi que les zoroastriens) ; les athées, les épicuriens ; les savants; les sages ; et surtout les amoureux, car sa poésie est l’école de l’amour.
Il connaissait bien tous les grands poètes, penseur et philosophes perses avant lui :
- Ferdowsi, X siècle : Le Livre des rois plus de 40000 vers de mythologie persane
- Khayyâm,X siècle : poète perse le plus célèbre en occident
- Saadi architecte de littérature perse XII siècles de Chiraz
- Attar : langues des oiseaux traduits deux fis en français XII siècle
- Moulavie : fondateur de confrérie Derviches tournants : XII siècles
- Nezami XII siècles ; 5 grands romans en poésie pure ;

Il connaissait bien les œuvres de l'ensemble des poètes le précédent et a profité de leurs expériences (nous disposons de nombreuses recherches sur ce sujet)

Mais certaines questions restent sans réponse : Hafez est absent et son siècle se situe dans un autre espace-temps. Entre les deux mondes, son siècle a disparu. Sa poésie et son nom restent les deux seuls héritages de lui. Il n’y a pas des informations ni sur son métier ; sa famille ; sa biographie ; le nombre de ses enfants ; sa vie quotidienne. Et les recherches à ce jour restent plutôt sans réponse réellement valable. Sa poésie est finalement comme la voie de l’être humain, anonyme. Il n'évolue ni dans le milieu du pouvoir, ni dans le milieu religieux parmi des docteurs de foi, ni celui des écoles de mystiques, ni dans celui de l’argent ; En somme, il n'est ni de ce monde ni de l’autre (paradis).
-
Hafez dans la culture iranienne La popularité de Hafez
- Les poèmes de Hafez sont toujours parmi les plus populaires des poèmes persans.
- Ils sont fréquemment utilisés dans la musique traditionnelle iranienne.
- Le Divan de Hafez est utilisé comme aide à la divination populaire. Les Iraniens posent une question concernant leur futur à Hafez, puis ouvrent son Divan au hasard, le poème étant sur la page ouverte peut alors être interprété pour connaître la réponse à sa question.
- De jeunes adultes se sont tournés vers les œuvres de Hafez, particulièrement après qu'un groupe de rock appelé O-Hum se fut consacré à n'utiliser que des paroles de Hafez.
- Plus récemment, après le mouvement vert, on a pu voir dans les dernières vidéos de soirées du Nouvel an iranien (21 mars 2010) d’incroyables cérémonies sur la tombe de Hafez. Les réunions de lectures de sa poésie avant Coran les nuits avant les jours fériés restent très populaires, surtout chez les gens de Bazar. Il est acquis pour tous que Hafez représente le symbole de la culture perse aujourd’hui .
-
- Le livre de Hafez est présent dans des diverses cérémonies; mariages ; nouvelle an
- Nombre d’édition de son livre depuis la révolution n’approche du nombre d’éditions du Coran
- Sa poésie continue d'avoir une influence, chez les autres poètes et dans langage quotidien, les proverbes.

Hafez anthropologue
- Hafez, dans tout l’ensemble de la poésie, essayait de se mettre dans la position de l’anthropologue. Quand il parle de Sage, c’est un personnage imaginaire, un anthropologue : c’est un être imaginaire qui s’est mis au-delà des cultures, au-delà du temps, il capte un message de l’univers et raconte ce message.
- Le champ de vision de Hafez, c’est l’univers.
- On peut aussi ajouter qu’Hafez maîtrise la science de son époque, islamique ou non, et s’appuie sur ce champ de l’univers.
- On peut dire qu’il est prêt à mettre en question sa présence dans l’univers, ce qu’il fait dans presque tous les ghazals.
- Il n’est jamais sûr d’avoir raison, il doute sans cesse. A tel point que dans un poème célèbre, interprété de différentes manières, il dit que notre sage a dit qu’il n’y a pas eu d’erreur dans la création du monde, et d’ajouter : « j’admire ce regard de sage qui ne veut pas voir les erreurs ». C’est ironique, et en même temps, il se met en question lui-même et sa présence dans l’univers. Il met en question toutes ses connaissances en disant que ce n’est pas grand-chose, qu’aucun savant n’a compris quelque chose de ce monde, que le mystère de ce rideau est caché et restera caché. Il faut entendre rideau ici comme ce qui cache derrière et ce qui comporte des dessins. C’est-à-dire que même si le monde est sur ce rideau, il cache aussi ce qui est derrière. Il y a deux sens du caché.
- De tout cela, on peut résumer en un mot l’importance qu’il donne au monde du rêve et du fantasme.
- Hafez connaissait à fond l’Islam de son époque, c’est-à-dire l’Islam historique et traditionnel. Il connaissait aussi l’ensemble du mysticisme persan car il fait référence dans sa poésie aux éléments de base du mysticisme, au vocabulaire de mystiques profonds, ou plutôt à celui des mystiques ésotérismes, car il était contre le système d’écoles de mystiques.
- Il connaissait aussi bien la mythologie persane et fait par exemple allusion au Livre des rois de Ferdowsi, ou cite des noms véhiculés dans la mythologie persane.





L’essence de poésie de Hafez :

- Hafez et sa conception d’amour dynamique nous ouvre un nouvel horizon :
Le rossignol est tout à l’idée que la rose soit sa compagne
La rose se préoccupe de mettre sa coquetterie à l’œuvre. P719G272P1

فكر بلبل همه آنست كه گل شد يارش
گل در انديشه كه چون عشوه كند در كارش
- On dit que la lecture de son divan recueil de plus de 500 Ghazal composés chacun de 7 à 13 vers), est infinie parce que :
o Il y a la beauté, les jeux des mots, allusions, métaphore, métonymie, dans chaque vers de ces Ghazals
o Il y a aussi des liens, des constats, des remarques, des points fins entre les vers de chaque Ghazal
o Il y a une ligne fine et bien cachée de philosophie, de manière d’être dans l'univers, de connaissances de savoir et de sagesse entre les ghazals.
Apres un première tour de lecture, puis un deuxième, on peut comprendre les nouvelles allusions, car on commence à révéler les premières couches de la beauté et à sentir la première profondeur qui nous aide à aller vers les couches. Citons ici 2 exemples :

1- P641GH239P1
Amis buveurs, des cheveux du Compagnon défaites le nœud
C’est une belle nuit, prolongez-la de ces guiches !

244
معاشران گره از زلف يار باز كنيد
شبى خوش است بدين قصه اش دراز كنيد
Cheveux du Compagnon 1: ce sont ses vrais cheveux, qui rendent plus agréable sa présence, plus intime, parmi nous.
Cheveux du Compagnon 2 : les cheveux du compagnon sont comme une belle nuit, par ce geste de les défaire, elles deviennent plus belles, elles se prolongent…
Cheveux du Compagnon 3 : c’est le mystère, comme ces rideaux d’univers, ces questionnements inaccessibles ; essayons grâce au vin et à l’état d’ivresse de défaire ce nœud……

2- P803G311P3
Ce n’est pas une façon de faire : Tu me mets dans la poussière et tu passes
Passe ici, enquiers-toi de moi et je deviendrai poussière sur ta route !

365 - 318
نه راهست اینکه بگذاری مرا بر خاک و بگریزی
گذاری آر و بازم پرس تا خاک رهت گردم

Hafez fait allusion à la mythologie, la géographie, l’histoire, la tradition, les religions, grâce à un mot, le mot « RAH»: route, chemin, au sens propre et figuré ; mais aussi poussière de la route « khak » aussi, placée plus bas que la terre ; Le verbe « enquérir » prend ici le sens de« faire attention » et en même temps « marcher dessus »… La poussière de ton chemin, ce qu’il y a de moins important dans ton existence et pour l’ensemble des ancêtres et de ton avenir: ce concept de relation entre deux être dans une dialectique historique et mythologique ; Une relation forte d’amour et de dépendance, en même temps que d’humiliation pour être compris et être considéré. Ce vers comme on peut le constater ne peut avoir du sens que si pour chaque mot on utilise le Divan entier comme dictionnaire.


- Ses connaissances extraordinaires des champs suivants dans leur ensemble : littérature ; Coran ; mythologie ; histoire ; sciences et philosophie de son temps, par exemple :
- ! P91G3P9
Tu as composé un ghazal et serti les perles. Viens le bien déclamer, Hafez
De sorte que le ciel verse sur tes mots rythmés le collier des Pléiades :


غزل گفتی و در سفتی بیا و خوش بخوان حافظ

که بر نظم تو افشاند فلک عقد ثریا را

3 –3


Il évoque ici la tradition qu’avait le roi de donner par générosité des bijoux aux poètes qui composaient des poèmes ; mais parce que Hafez lui-même produit des bijoux de perles par le choix de ces mots, il accède au collier des Pléiades, bijoux sans prix, unique, et d’une beauté extraordinaire … Regardons, comment Hafez méprise le pouvoir, la richesse artificielle, et confère pouvoir et richesse à notre univers.



- Hafez est poète de l’Amour ; il sait à quel point la route est longue, difficile; mais le résultat riche :
P85G1P1
Eh ! l’Echanson, fais circuler une coupe et présente-la !
Car l’amour parut facile à l’origine, puis surgirent les difficultés.

اَلا يااَيّهَا الســــــــاقي اَدِر كَا ســـاً و ناوِلها
كه عشق آسان نمود اول ولي افتاد مشكلها



- Hafez est aussi le poète de la musicalité et de la belle voix : apparemment fin connaisseur de musique, il chantait très bien et était doté d’une belle voix. La musicalité de ses poèmes fait même que la plupart de ses ghazals ont étés utilisés par des compositeurs.


P91G3P3
Au secours ! car ces tsiganes insolents, gracieux et subversifs,
Ont arraché au cœur la patience, comme font les Turcs de la table laissée au pillage.

- فغان كين لوليان شوخ شيرين كار شهر آشوب
چنان بردند صبر از دل كه تركان خوان يغمارا

3-3

P562G202P8
Si la chaîne du chapelet s’est défaite, veille m’excuser :
Ma main était au bras de l’échanson aux jambes argentées…


206-240

رشته تسبيح اگر بگسست معذورم بدار
دستم اندر دامن ساقي سيمين ساق بود




- Poète lyrique ;. En principe chaque Ghazal se termine par un souhait ou une déclaration du poète qui cite son propre nom.. Dans plus de 100 Ghazal, parle directement de lui dans le dernier vers, mais plutôt avec modestie, de sa position, de sa présence dans le monde : Il ne cherche ni argent, ni gloire : Adorateur d’amour, c’est un oiseau d’un autre monde

P226G40P10 : Nous ne déshonorons pas pauvreté et sobriété
Dis au roi que le ciel a d’avance partagée le pain quotidien ! 39-35

ما آبروي فقر و قناعت نمي بريم

با پادشه بگوي که روزي مقدر است

P861G338p6
Je suis empoussiéré de pauvreté, mais honte soit à mon haut dessein
Si je mouille le pan de ma robe à l’eau de la source du soleil !
346-345

گر چه گرد آلود فقرم شرم باد از همتم
گر به آب چشمه ي خورشيد دامن تر كنم


P853G334P
la poussière de mon corps devient un voile au visage de mon âme.
Heureux l’instant où j’abattrai le voile de ce visage !
342-328

حجاب چهره جان میشود غبار تنم
خوشا دمی که از این چهره پرده بر فکنم

- Amoureux de Chiraz sa ville natale, il ne l’a quitté qu’à deux reprises :

P226G40P8
Chiraz, l’eau du Roknabad et ce vent à l’agréable haleine
Ne leur reproche rien : ils sont grain de beauté au visage de sept climats.
39-7
شيراز و آب ركني و اين باد خوش نسيم;
عيبش مكن كه خال رخ هفت كشور است



P674G253P7
Ils ont lancé au Héjaz et en Irak le murmure de l’amour,
Depuis Chiraz l’ai et chant des ghazals de Hafez

259-7
فکند زمزه عشق در حجاز و عراق
نوای بانک غزلهای حافظ از شیراز


P724G274P1
Heureuse Chiraz et sa position sans pareille
Seigneur, préserve – la du déclin !

279-1

خوشا شیراز و وضع بی مثالش
خداوندا نگه در از زوالش


- Poète d’un monde multidimensionnel: Il peint la réalité sociale et humaine, la vie terrestre, le rêve, le songe, et l’univers des astres, du soleil, de la lune…

P883G348P3
Je vais sans doute devenir fou, puisque la nuit jusqu’au jour,
Je parle avec la lune, je vois en rêve la péri ! 356-357

مگر دیوانه خواهم شد در این سودا که شب تا روز
سخن با ماه میگویم پری در خواب می بینم


La pensée et la tendance de Hafez : un mystère. Il est comme un sommet que chacun voit depuis un angle fermé et considère comme sien. Mais il faut faire quelques tours autour de lui pour arriver à un accès limité à lui. Voici quelques exemples de sa poésie qui donnent à interpréter les pensées de Hafez de diverses façons :



- la place de maître de mage :

P85G1P3
Colore de vin le tapis de prière si le maître des mages te le dit !
Car le pèlerin n’ignore pas la voie et la conduite à tenir.

به می سجاده رنگین کن گرت پیر مغان گوید

که سالک بیخبر نبود ز راه و رسم منزلها


1-1



- Le Divan interprété comme éloge du prophète :
P480G163P2
Ma belle figure n’alla pas à l’école ni ne traça de lignes :
Par son œillade elle enseigna les questionnes à cent enseignants.



نگار من که بمکتب نرفت و خط ننوشت 167
بغمزه مسئله آموز صد مدرس شد

- Hésitation à croire au jugement dernier, l’un de trois piliers d’islam

P1166G481P10
S’il est vrai qu’être musulman c’est l’être selon ce que tient Hafez
Hélas, si à la suite d’Aujourd’hui vient un Demain !

گر مسلمانی از اینست که حافظ دارد
وای اگر از پس امروز بود فردائی


- falsifications des représentants des religions, du pouvoir et de la justice :

P548G195P9
Vers le vin, puisque cheikh, récitant du Coran, Mufti, chef de police,
Si tu regardes bien, tous sont des falsificateurs.

200-10
می خور که شیخ و حافظ و مفتی و محتسب
چون نیک بنگری همه تزویر میکنند



- Ciel illusionniste et soufi qui tend un piège :
P415G129P1
Pour tendre un piège, un soufi ouvrit sa boite à merveilles
Il battit sa ruse pour tromper le ciel illusionniste.
133-1

صوفی نهاد دام و سر حقه باز کرد
بنیاد مکر با فلک حقه باز کرد


- Sur les autres religions :
P553G198P8
Renouvelle au jardin le rite zoroastrien,
Maintenant que la tulipe a allumé le feu de Nemrod.
219-8
به باغ تازه کن آیین دین زردشتی
کنون که لاله برافروخت آتش نمرود





- Moquerie de pouvoir :

P618G228P3
La fréquentation des gouvernants est ténèbres de la nuit d’hiver,
Demande la lumière au soleil, peut-être se lèvera-t-il !
232-3
صحبت حکام ظلمت شب یلداست
نور ز خورشید جوی بو که برآید



Oui, il englobe tous les mondes.



















II- Atelier de l’Univers


De l'art rupestre aux Droits de l'homme:
L’Amour, Parcours du monde, Atelier de l'Univers
Un voyage avec un poème de Hafez de Chiraz : De l'art rupestre aux Droits de l'homme:
« Sois amant, sinon, le cours du monde finira un jour
Et tu n’auras pas lu à quoi sert l’atelier de l’existence»

J’essaierai dans le temps que vous avez bien voulu m’accorder, de vous mener vers les profondeurs de l’existence de l’être humain, de sa vie dans les grottes, jusqu’à son invention la plus noble : la grammaire de la vie et de l’échange entre les peuples, les cultures, les générations, le concept des Droits de l’homme. Je commencerai par évoquer cet étonnant poème du grand poète perse Hafez de Chiraz, qu’avec votre permission, je citerai d’abord en persan pour que vous perceviez bien la musicalité de ses vers:
غزل ۴۳۵
با مدعی مگوييد اسرار عشق و مستی
تا بیخبر بميرد در درد خودپرستی
عاشق شو ار نه روزی کار جهان سر آيد
ناخوانده نقش مقصود از کارگاه هست
P1048 : G 426 :
Au prétentieux ne livrez pas les secrets de l’amour et de l’ivresse,
Qu’il meure en ignorant, dans les douleurs du culte de soi !
Sois amant, sinon, le cours du monde finira un jour
Et tu n’auras pas lu à quoi sert l’atelier de l’existence.




Le mot Atelier dans la poésie de Hafez :
P812G315P1
A l’atelier de mes yeux j’ai dessiné l’image de ton visage.
Je n’ai vu ni entendu parler d’une belle figure ayant ta forme.

322-1

خیال نقش تو در کارگاه دیده کشیدم
به صورت تو نگاری ندیدم و نشنیدم
P775G97p5
Vois donc ! Le voile brodé de roses couvrant les sept demeures de l’œil ,
Nous l’avons suspendu pour qu’on le décore à l’atelier de l’imaginaire !


G 303
بیا که پرده گلریز هفت خانه چشم
کشیدهایم به تحریر کارگاه خیال


Résumé oral :
- Cours du monde, kar e jahan : le travail du monde, l’activité du monde
- Fin de cours du monde
- Lecture des mots , signes, et de leur lien avec l’amour, qui est hors de champ de toute symbolisation
- Naqsh maqsoud : rôle, dessein de l’objectif, but ,
- Atelier de l’existence : l’espace-temps pour la création, la production, l’invention. Hafez est actif et a pour objectif de comprendre l’Homme, l’Existence, ce qui existe au-delà de la création ou pas, dans le champ de visibilité de l’Homme

Dans quel contexte :
Au prétentieux ne livrer pas les secrets de l’amour et de l’ivresse,
Qu’il meure en ignorant, dans les douleurs du culte de soi !

- L’amour et l’ivresse forment ensemble comme un même phénomène,
- « prétentieux », « meure en ignorant », « douleurs du culte de soi »: celui qui ne peut se mettre dans le décor de l’atelier de l’existence, celui-là ne peut pas voir l’autre, ni sa façon d’être, ses pensés, son idéologie. En d’autres termes, il n’y a qu’un chemin vers le vrai, c’est le mien ou c’est moi.


1. Des parcours du monde à l’atelier de l’univers et du rôle de l’Amour
2. Arrêtons-nous un instant sur un Parcours parmi l’un des parcours du monde
3. De ce parcours, revenons vers cet atelier de l’existence : Non Laboratoires



1. Partons ensemble des parcours du monde à l’atelier de l’univers
Plus de trois milliards années se sont écoulées entre cette bactérie initiale et l’avènement de l’être humain homo sapiens – sapiens , puis au moins quarante mille autres années s’écoulèrent depuis cet avènement jusqu’à nos jours. La vie se poursuit et, plus les années s’accumulent, plus la résistance devant la mort, « cette chose », que nous appelons par simplification « la vie », augmente. Comme si le but de toute vie était « la vie » contre « la mort ».
Ce parcours colossal de « jouissance » passe par l’étape cruciale des droits de l’homme, et il ne peut s’arrêter sans aller jusqu’au droit à la vie.
Au-delà des fossiles de nos ancêtres et des témoins historiques et architecturaux qui nous restent comme témoins de ce parcours, il y a l’art rupestre, il y a des écrits, il y a la culture orale, les patrimoines culturels humains et la totalité des espaces vivants sur notre terre. Et évidemment, il y a aussi leurs capitaux, témoins passés mais aussi point de départ vers l’avenir.
Puis vint le jour où on écrivit sur un support : la déclaration universelle des droits de l’homme et de l’être humain se dresse alors comme le plus noble témoin de ces trois milliards d’années. Ce Parcours a encore de beaux jours devant lui : il faut toujours écrire le droit de la vie et, bien entendu, le faire respecter. Peut-être ce droit nous conduit-il au-delà de cette terre ? Et peut-être nous demande-t-il un autre espace ? Pour continuer à transmettre en héritage « la vie » à nos enfants, il nous reste à chacun à tracer ce parcours collectif de la vie, mais chacun sur son propre support…
« Silence est bleu à la hauteur des yeux de ciel,
Le temps s’écoule jusqu’à bout de nos fatigues. »

2. Arrêtons-nous un moment sur un Parcours parmi d’autres parcours du monde, mon parcours.

Ceci nous permettra de mieux saisir ma position et mes objectifs, comment j’observe et j’évolue dans l’univers…
Je souhaite tourner la camera vers l’intérieur, faire sortir le résultat d’un savoir et d’une connaissance, et faire travailler ce potentiel tant intuitif que scientifique, car la psychanalyse se trouve à l’intersection de l’art et de la connaissance. Il nous faut ouvrir de nouvelles pistes, au croisement d’une pratique de la science comme vérification et d’une pratique de l’intuition au service de l’invention. Il s’agit d’un exemple parmi d’autres, comme l’un des innombrables laboratoires de notre atelier de l’existence, et d’un exercice que chacun de nous peut faire, car de toute façon dès que l’on parle, on ne parle jamais que de soi.
Ainsi se croiseront la liberté de l’artiste et la rigueur du scientifique – mais aussi quand il s’agit de calligraphie, la rigueur de l’artiste et la liberté du scientifique – le langage de la nature et l’écriture de l’expérience de l’Humain. C’est à ces croisements que s’élabore un parcours de vingt ans pour trouver un autre « Jayegah ». Le mot « Jayegah » en langue persane signifie espace-temps, ainsi que l’expérimentation du double :orient - occident, symbolique - réel, intuition- expérience, autrement dit, un tracé autre dans un volume à quatre dimensions. Ce que je veux partager avec vous ici est l’expérience de notre présence comme d’un passage dans un volume, d’un point à un autre, volume unique, mais volume qui représente la présence dans le « Jayegah » d’une totalité d’au moins 11 milliards d’êtres humains : de cette affirmation, je déduis donc que je ne suis pas seul.
A chaque geste, ma main se pose la question de sa continuité entre cette fusion avec l’atelier de l’univers, la répétition des mouvements respiratoires de la vie qui m’ont été transmis à ce jour par les maîtres et le point de découverte qui m’attend le moment suivant. Un geste qui m’ouvre vers un autre horizon, pas seulement par la danse des mots entre eux, par le jeu des caractères sur une surface blanche mais aussi, par l’harmonie de ce qui se manifeste à travers des liens entre les blancs du non écrit.
Laisser entendre une vérité grâce à la dérive de quelques millimètres de prolongation d’un caractère à la fin d’un mot, à la suite d’une phrase. Voici un poème qui m’habite et que nous récite un maître, Hafez, qui me contemple et me dirige juste au moment où je suis sur le point de comprendre :
غزل ۱۴۳

گفتم اين جام جهان بين به تو کی داد حکيم
گفت آن روز که اين گنبد مينا میکرد
P 428 G 136:
Je lui dis : « Cette coupe où l’on voit le monde, quand le sage te l’a-t-il donnée ? »
(« hakim » veut dire davantage savant…)
Il répondit : « le jour où Il formait cette coupole d’Azur émaillé. »
Oui, c’est le cœur qui est acteur de la recherche, mais il cherche un outil imaginaire pour déceler la réponse, outil qui n’est pas accessible à la réalité. Pour Hafez, Maître des Mages, il n’y a qu’un seul être imaginaire, un seul regard anthropologique, celui qui détient une vue de l’histoire en profondeur, celui qui lui a donné la vision depuis la création… Cet outil est dans les observations, ces observations que nous faisons au travers d’un angle de vue en profondeur et en volume de l’Univers…
Et finalement s’occuper de l’intérieur, enlever les masques successifs de l’extérieur pour découvrir ce profond intérieur, faire de l’être humain un chantier d’observation, essayer de le couper et recouper dans un sens et dans un autre, de la culture grecque comme psyché et soma à l’Islam comme esprit et corps, de la mythologie perse, de Ravan, Jan (les deux concepts proches de psyché et l’âme) et corps, au mysticisme de l’école persane avec son représentant le plus noble, Hafez. Hafez s’élève à un degré proche de la perfection en reprenant ce découpage : Ravan, Jan, Tête, Cœur, esprit, jusqu’à tête de cœur. De la psychanalyse à l’anthropologie, du savoir des mots aux traces de savoir, il nous faut prendre en compte la profondeur du champ de la connaissance à travers cette diversité qui nous réunit. On pourra découper et recouper un être parlant, faire et refaire de l’individu cette indivisibilité de la bactérie d’une cellule à la vie, jusqu'au sentir dans sa chaire la parole de l’autre, aller-retour permanent entre l’indivisible et le collectif, de la famille à la tribu, de l’ «état-nation» aux communautés de pensée et de croyance, de l’unité de l’être parlant aux primates, aux animaux, aux végétaux et tout simplement à la vie.
Et puis on tâchera d’apprendre à ne pas entrer dans le jeu de ses propres signifiants, à se donner les moyens de prendre en jeu ses propres mondes, en intégrant aussi les rêves, les fantasmes dans la vie de la cité et en soi-même, et plus loin devenir sensible à ce qui est classé comme délire, se perdre dans la réalité des autres pour un autre « autre ». Regarder un indivisible dans sa bulle qui nous offre l’image d’un monde virtuel, dans un grand bal masqué, et des réseaux des liens invisibles qui unissent ces indivisibles mais produit d’autres indivisibles. Comme la totalité des signifiants inventés à ce jour par cette masse de créateurs de symboles, qui finalement se véhicule si librement sans qu’on ne puisse identifier lequel appartient à qui : comme si nous nagions dans nos symboles, nous les développons, nous les transmettons et finalement nous les oublions pour qu’un autre, à un autre moment, les prenne en main et continue. C’est finalement comme la limite, cette fameuse limite : ce point de l’univers est la somme de ces symboles et ce n’est pas si stable qu’on peut le croire. Comme si cet ensemble fait de nos découvertes, de nos inventions, de nos connaissances et de nos savoirs, était là pour comprendre notre soi et l’autre, pour changer notre soi et l’autre en même temps et pour nous donner la possibilité de changer l’état de l’être. Citons encore Hafez :

غزل ۳۷۴
بيا تا گل برافشانيم و می در ساغر اندازيم
فلک را سقف بشکافيم و طرحی نو دراندازيم

اگر غم لشکر انگيزد که خون عاشقان ريزد
من و ساقی به هم تازيم و بنيادش براندازيم


P928 G 367:
Viens t’en, nous effeuillerons la rose et dans la coupe verserons le vin!
Du ciel nous fendrons la voûte et lancerons un plan nouveau !
Si le chagrin lève une armée pour faire couler le sang des amants,
Moi et l’échanson ensemble attaquerons, mettant à bas ses fondations ;

Le but de la quête est le champ de l’amour, qui est un lieu double: lieu de résonance avec l’être et lieu pour se sentir dans ce champ du changement et le diriger. Rien n’est écrit d’avance : la vie invente, construit et partage, mais elle continue.
En persan le mot « Hal » signifie le présent, passer un bon moment, et en même temps il s’agit aussi du concept d’ultime objectif pour les acteurs de l’expérience mystique. Arriver au moment de « Hal», moment à l’intersection de ce qui a été inventé et reste à inventer, entre ce qui a été découvert et reste à découvrir, entre sentir l’extérieur, mais par l’intérieur, comme ce troisième lieu, le milieu d’un Tore, un extérieur qui donne vers l’intérieur ou un intérieur ouvert à l’extérieur.





3. De ce parcours, revenons vers l’atelier de l’existence :

L’atelier de l’univers est comme un ensemble de laboratoires dans lesquels se font des recherches pour comprendre, pour découvrir, pour inventer l’autre et soi-même. Pour prolonger les outils et méthodes, pour s’adapter, pour changer des mouvements multidimensionnels - dans l’espace-temps de 14 milliards d’années et au moins 40 mille ans d’homo sapiens sapiens et de 11 milliards d’êtres humains nés à ce jour – enfin pour l’efficacité du fonctionnement de ces laboratoires, il faut une règle de base susceptible de déterminer jusqu’où peuvent aller leurs libertés. Sans une grammaire, le dialogue ne peut être établi. Sans la liberté, frontières et expériences ne peuvent être franchies. Pour la tolérance et la réciprocité, il est nécessaire de communiquer et transmettre le message. Il faut profiter des travaux des uns et des autres. Enfin, il nous faut une langue commune et bien sûr, sans nous en édicter la direction, un fondement laïque. La tolérance aussi a besoin d’avoir ses limites. Comment peut-on être sûr que notre limite de tolérance est vraie ? Est-ce le retour vers les frontières des symbolisations, parole et langage éliminant l’ensemble de leurs effets ? Ne serait-ce pas là une solution ? Comme nous dit Saadi, ce grand poète persan du 13ème siècle:
بنی آدم اعضای یک پیکرند
که در آفرینش ز یک گوهرند
چو عضوی به درد آورد روزگار
دگر عضو ها را نماند قرار
تو کز محنت دیگران بی غمی
نشاید که نامت نهند آدمی
« Les enfants d'Adam font partie d'un corps
Ils sont créés tous d'une même essence
Si une peine arrive à un membre du corps
Les autres aussi, perdent leur aisance
Si, pour la peine des autres, tu n'as pas de souffrance
Tu ne mériteras pas d'être dans ce corps »
Notre présence dans cet atelier résulte en un effet mutuel d’arborescences: l’arbre des langues ; l’arbre des écritures ; l’arbre des ethnies, des cultures et des mythologies communes ; des voyages et des migrations qui s’enrichissent des profondes racines de ces laboratoires ; et enfin des signifiants, des symboles et de leurs effets, pour élaborer à la fois un outil de communication avec nous même et avec l’autre. Ce sont par exemple les 140 000 langues qui peuplent notre monde et les milliers d’écritures dont la plus immuable est le chinois, avec son graphisme et sa beauté, et qui tire son origine de l’art rupestre même, comme par exemple le Nastaliq…
L’invention de l’écriture commence par la communication du symbolique pur, des chiffres mathématiques aux notes des musiciens. Comme dans ces notes de musique, ce passage à la symbolisation existe même dans l’art rupestre dont les dessins témoignent par exemple d’un instrument de musique joué par un être humain et agrémenté de plusieurs points dessinés au bas de l’instrument, points qui tombent de l’instrument comme si nos ancêtres avaient déjà symbolisé le son par des points.
En quête d’une valeur des valeurs, d’un point de commencement, peut-on chercher avant et après la symbolisation ? Dans l’enceinte de la symbolisation nous restons prisonniers et l’accès à cette valeur des valeurs nous devient impossible. Hafez nous dit alors :
غزل ۹۴
عشقت رسد به فرياد ار خود به سان حافظ
قرآن ز بر بخوانی در چارده روايت


P 348 G 93
L’amour te viendra en aide, même si, comme Hafez,
Tu récites le Coran dans ses quatorze recensions.

III - Ce qu’on peut en déduire


a. Quelle grammaire pour nos laboratoires ?

b. De la symbolisation jusqu’à la non- symbolisation : un diaporama des méthodes qu’ici, j’évoquerai rapidement par les quatre exemples suivants :
o Premier Exemple : l’ Expérience du voyage mystique, un exemple d’observation de la vie par des écoles mystiques du 10ème au 14ème siècle : les sept vallées.
o Deuxième exemple, les 7 domaines hors champs de la symbolisation : du Chaman à nos jours.
o Troisième Exemple, découpage de l’être humain: la découverte de l’Inconscient
o Quatrième Exemple : l’Art rupestre à la calligraphie.
c. Et en guise de Conclusion


L’importance de message de Hafez :

Remarquons que pour Hafez, l’amour est indispensable à la compréhension même de la voie du livre, amour qui répond à son appel au secours. Afin de comprendre quelque chose de cet atelier de l’univers et de cette recherche d’un point de démarrage, intéressons-nous à la résonance avec l’univers , à l’amour comme état d’être parlant, de chaman, comme une vibration avec l’autre ; enfin à une compréhension par la continuité de l’être, être sans différence. Les grandes disciplines de connaissance par l’acte de symbolisation rendent mesurable le réel dans des unités de compréhension éducables. Mais il existe un autre laboratoire hors de toute quantification et de toute logique de cause à effet, et ce avant et après dans le temps. Ce qui dans cet hors-symbolisation est qualifié d’inexplicable.
Comment pouvons-nous enrichir le travail de ces laboratoires de notre atelier de l’univers, entre le double extrême de l’amour visionnaire d’une part, et de la voix de la science d’autre part?. Entre ces deux pôles se tient la diversité culturelle.
L’effet mutuel entre les chemins de la connaissance réside dans le respect de leur continuité, qui permet leur enrichissement :




--------------------------------------------------------------------à
-----------------------------------------------0--------------------------------------------------à temps
expérience du passé jour invention + découverte de demain
<----------------------------------------------------------------------
Le temps nous permet de reprendre le temps du passé et de l’invoquer dans le présent, de faire revivre le passé dans le présent. L’écriture, la peinture, la photographie, les récits mythologiques, le cinéma, le théâtre, le roman, la nouvelle… sont autant d’archives de la trace laissée par nos efforts dans l’univers et par les effets mutuels d’une compréhension de notre passage via le progrès scientifique et technique. En même temps, la connaissance du passé nous permet davantage la connaissance de nous même et de l’autre. Plus je sais comment je suis fait, plus je peux connaître mon univers et par conséquent, plus j’invente. Cette procédure s’accélère de façon croissante, à tel point qu’on peut dire que plus de la moitié des savants que notre terre a hébergés sont aujourd’hui vivants.
Les disciplines scientifiques nagent aussi dans l’océan des signifiants, cette prison qui nous bloque aux signifiés. Hafez l’avait pressenti :
بشوی اوراق اگر همدرس مایی
که علم عشق در دفتر نباشد
P472G158P6
Si tu es notre camarade d’école, lessive les pages.
Car la science de l’amour n’est pas dans les cahiers,


a -Alors Quelle grammaire pour nos laboratoires ?
La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, avec son introduction et ses trente articles, structure la charpente de notre cité : elle est l’aboutissement de la longue marche de la vie collective de nos parents, des grottes vers la lune. Des premières traces de symbolisation, les peintures rupestres, à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, cette distance d’environ quarante mille ans, traversée d’efforts et de luttes pour augmenter les champs de notre connaissance et de notre bien-être, est une bien longue traversée. Les quatre-vingt mille champs des dessins préhistoriques découverts à ce jour, (40000 – 8000 ans avant notre ère), présentant une diversité de symbolisations et de moyens utilisés, situés sur les cinq continents, parlent de l’espoir, de voyage, de l’espérance de paix, de vie en famille, de découvertes, d’étonnement devant l’univers, et enfin des relations avec l’autre et avec la nature…
J’entends la même voix en regardant les œuvres rupestres qu’à la lecture de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, celle d’un premier être humain qui se dresse. On rencontre le même effet étonnant dans le livre des rois écrit par le poète épique persan Ferdowsi au 10ème siècle, et qui comporte plus de 50 000 vers. Après un développement consacré à l’univers, il nous conte comment l’être humain vit le jour :

چو زین بگذری مردم آمد پدید شد این بندها را سراسر کلید

سرش راست بر شد چو سرو بلند به گفتار خوب و خرد کاربند

پذیرندهی هوش و رای و خرد مر او را دد و دام فرمان برد

ز راه خرد بنگری اندکی که مردم به معنی چه باشد یکی

ترا از دو گیتی برآوردهاند به چندین میانچی بپروردهاند

نخستین فطرت پسین شمار تویی خویشتن را به بازی مدار


Après ça l’être humain se manifeste
Il est devenu la clé pour l’ensemble de ces nœuds

Sa tête se dresse comme un cyprès haut
Bon en discours en profitant de la raison

Il absorbe l’intelligence, la pensée et la raison
Les animaux domestiques et sauvages lui obéissent


Si tu observes par la voix de la raison
Que l’être humain dans l’essence n’est qu’un

On t’a sorti de deux mondes
On t’a donné des moyens

Premier dans la nature, et dernier qui compte
C’est toi, ne te prends pas dans un jeu.

On peut se demander comment Ferdowsi, a pu établir tant de constats justes sur l’évolution de l’Être humain, il y a plus de 1000 ans, alors qu’il ne disposait pas des connaissances scientifiques de notre siècle.

b- De la symbolisation jusqu’à la non-symbolisation :
diaporama des méthodes

Donnons nous quelques exemples. Si l’amour et l’état amoureux est un hors champs de symbolisations, l’endroit, auprès Hafez, qui peut nous sauver, pour comprendre un bribe de quelque chose, avant que ce parcours du monde s’arrêt , si on croit à la science mesurable, nous avons que 3 milliard années pour , soit trouver une autre terre et un autre soleil, soit la vie disparaîtra ; alors écoutons se sage et fin observateur de l’univers et donnons nous quelques exemples de ces hors champs :

· Premier exemple, l’Expérience du voyage mystique, un exemple d’observation de la vie par des écoles mystiques du 10ème au 14ème siècle : les sept vallées
Première vallée :la Recherche, talab
Réveil : un être vivant entre dans la vie, il prend sa vie en main, va loin et vit dans des conditions extrêmes, dans la nature de la vie : de Christophe Colomb à Gagarine, sur la lune, vers le ciel, ou encore par la pensée et l’imagination, à la recherche de la substance de vie nommée Latifa par les Alchimistes
Deuxième vallée : l’Amour, eshgh
Le moteur, l’énergie de mouvement;
Les différentes définitions de l’amour;
Le modèle de base tel que l’énonça Freud ; entre l’enfant et sa mère :un état fusionnel de séparation mais aussi d’attachement, état qui laisse entrevoir qu’il y a un autre, autre qui a déjà le potentiel de ne pas être un autre indéfinissable, La naissance, le renouvellement.
Troisième vallée : la Connaissance, ma’arefat
Prendre connaissance qu’après la naissance il y a là un moi, il y a une autre présence de chacun qui donne droit à la connaissance de l’autre, l’observation, la comparaison, la création de symboles, la castration, de l’art rupestre à l’espace-temps…
Quatrième vallée : l’Indépendance, esteghnaa
Si je suis un élément parmi d’autres, j’ai la même valeur et je ne peux obtenir qu’à la mesure de ma taille : l’écologie, l’économie durable … écoutons Hafez l’adorateur d’amour ; un oiseau d’un autre monde ……………..
Cinquième vallée : l’ Union, touhid
Après cette connaissance, cette fusion, il y a au bout ce sentiment d’arriver, de raisonner et de résonner, il y a dans ce contexte la démarche mystique persane : hoo, qui signifie lui, ou il, elle ou seulement autre. Il n’y a que lui, « autre », (hoo)
Sixième vallée : la Stupeur, Hirat
L’étonnement : devant la profondeur de ma place, mes yeux s’ouvrent et je vois loin et de façon toujours plus irréversible
Septième vallée : le Dénuement, faghr va fana
La vie tout simplement, telle que nous la décrit Hafez :
غزل ۷۱
چيست اين سقف بلند ساده بسيارنقش
زين معما هيچ دانا در جهان آگاه نيست
P305 G 72
Qu’est ce haut plafond fixe et tout décoré?
Aucun savant au monde ne sait résoudre cette énigme.

· Deuxième exemple, les 7 domaines hors champs de la symbolisation : du Chaman à nos jours
L'état visionnaire (expérience mystique), les prophéties et l'expérience de mort imminente (Near Death Experience = NDE) sont trois éléments qui nous viennent de très loin. Cependant, il existe des ressemblances entres ces trois discours. D'une part la découverte d’un "'inconscient en moi", sorte d’"autre côté" de moi, d'autre part l'importance des mots et du langage comme base et structure de notre inconscient, montrent que l'usage des mots est l'événement qui nous confère la qualité d'"être humain". Cet événement nous a permis de construire une mémoire des mots, il concrétise nos sensations et invente des concepts qui se rejoignent aux frontières des mots.
A la suite des recherches de Sigmund Freud, de ses élèves et surtout de Jacques Lacan, on peut dire que la clef retrouvée est le mot : pour désigner et lier les choses entre elles via l'espace temps et l’effet de signifiant.. A la frontière entre l'état animal et l'invention des mots, que s'est-il passé ? Pour quelles raisons avons nous besoin d'autre chose que des mots pour nous exprimer ? (par exemple la musique, l'art, la danse, etc. …). Pourquoi les grands maîtres mystiques ont-ils toujours le sentiment de ne pas être capables de relater leurs expériences ésotériques et visionnaires ? La même constatation est faite par les sujets qui ont connu des états de NDE. L'ensemble de ces interrogations conduit au même constat sur la structure de la mémoire de l'être humain. Une question se pose : existerait-il une couche de mémoire qui nous resterait d’un moment précédant l'invention des mots ? Un endroit qui ne saurait connaître ni le temps ni l'espace. A cet instant là, "temps" signifie toujours, maintenant et éternité tandis que "l'espace" est partout. Les trois notions de "lumière", d'"amour" et de l’"autre côté" de moi forment un pont historique entre les premiers éléments mythologiques, religieux et les expériences de mort imminente (NDE).
Expérience mystique : "Je suis amoureux de « moi sans moi »"
Cette phrase de Rûzbehan ("Rûzbehan baqali chirazi", grand savant et mystique iranien, est né au 12ème siècle) a été traduite sous une autre forme par Henry Corbin (1903 – 1978),Chargé de mission en Turquie, puis en Iran, il fonda le département d'Iranologie de l'Institut Franco-Iranien. Dans l’ "Histoire de la philosophie islamique en islam iranien", il retrace les principales étapes de la pensée islamique en quatre volumes consacrés aux penseurs iraniens, Chiites, Ismaéliens et soufis qui révélèrent à l'occident un continent spirituel inconnu. . Henry Corbin traduit cette phrase de Rûzbehan sous la forme suivante : « c'est moi-même qui, sans moi-même, suis l'amant de moi-même ».
Le "moi" qui est sujet d'amour dans cette phrase n'est-il pas la même partie que celle décrite par Najm Kobra ? Né au 12ème siècle, Najm Kobra consacra la première partie de sa vie à voyager. C’est en Asie Centrale que s’exerce alors toute son activité. Les traditions rapportent sa mort héroïque pendant l'horrible siège de Xwarazm par les Mongols.. Dans son livre "les intérêts de beauté …", Najm Kobra nous livre cette description: "Sache que l'âme, le démon, l'ange, ne sont pas des réalités intrinsèques à toi, tu es elles-mêmes. Semblablement, le ciel, la terre et le trône ne sont pas des choses intrinsèques à toi, ni le paradis, ni l'enfer, ni la mort, ni la vie. Elles existent en toi, lorsque tu auras accompli le voyage mystique et que tu seras devenu pur, tu prendras conscience de cela."
En vérité, l'état visionnaire peut être considéré comme un cas exceptionnel qui permet de se rapprocher de cette couche de mémoire qui existe en nous. La notion de paradis, où il n'existe ni temps ni lieu, comme le croyaient notamment les Celtes, a été développée dans la quasi-totalité des mythologies et des religions. A travers différents textes, le paradis est décrit comme un lieu d'éternité, un cadre de vie fleuri, verdoyant où chantent les oiseaux. Cette description n'est-elle pas une empreinte de notre environnement avant l'invention des mots ? C'est ici que se rejoignent les images d'Eden, de paradis et de pré-éternité. Autrement dit, il s’agit d’une autre idée du temps circulaire : le départ et la fin sont les mêmes, Eden et Paradis.
L'analyse de ce discours montre que cette notion de l'"autre monde" où le temps et le lieu sont "autres" existe en nous. Toutefois, notre intelligence humaine ne peut les concevoir. Dès lors, par quel biais cette notion nous est-elle parvenue ?

- La Lumière, l’Amour
Les traces laissées dans un non-temps, non-espace, dans ce non-lieu "Eden Terre Céleste – Paradis rejaillissent à travers deux autres phénomènes observés depuis les temps mythiques jusqu'à aujourd'hui : "la Lumière" et "l'Amour". La lumière est en contraste avec les ténèbres, or les contrastes sont la base de notre compréhension. L'amour est l'état de bien-être dans cet "Eden-Terre pré-éternel, le présent et le post-éternel". Ce sentiment de bien-être, cet amour sans "sujet", se traduisent par une union. Pour reprendre Rûzbehan, "je suis amoureux de moi sans moi". Le bonheur se manifeste à travers la lumière et il est dépourvu de toute notion de temps. Ainsi, selon Ibn Arabie, "l'Amour divin est un Esprit sans corps, l'Amour physique est un corps sans esprit : l'Amour spirituel possède en revanche esprit et corps."
Dans l'Evangile selon Saint Jean, les quatre notions clés de lumière, amour,
parole et union sont concentrées sur la figure de Jésus : "pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde" (9/5), "Moi et le Père nous sommes Un" (10/30), "Jésus leur parle de nouveau et dit : je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie" (8/12).
Un autre cas de voyage visionnaire, celui de l’expérience de mort imminente (NDE), nous est rapporté par le docteur Moody en 1945 et a fait l’objet de nombreuses recherches depuis. Ce phénomène est clairement résumé dans le livre "Enquête sur l'existence des Anges gardiens". Le sujet déclare toujours que ce qu'il a vécu n'est pas exprimable avec des mots humains. Il s'entend déclarer mort ou bien tout lui semble étrange ; il se sent mort. Il ne ressent plus aucune douleur et se sent au contraire parfaitement détendu et calme. Le sujet sort de son corps et voit ce qui se passe autour de lui, il est aspiré dans une sorte de tunnel où il aperçoit une lumière brillante, et il se heurte à une sorte de "frontière".
Il suffit de comparer les paroles rapportées par les sujets ayant connu une expérience visionnaire (prophètes, mystiques, expériences NDE) pour percevoir leur similitude. Alors que l'expérience de mort imminente n'arrive qu'à des sujets dont la mort a été déclarée cliniquement, l'expérience visionnaire des mystiques a besoin de volonté et d'une méthode directe ou indirecte pour accomplir le voyage.

- Hypothèse
En outre, notre perception du monde avant l'invention des mots ne saurait être exprimée par les mots du fait d’une "bi-unité qui en fait échappe aux catégories du langage humain". Il y a un autre monde, une autre mémoire, un autre langage. Parler c'est traduire une langue angélique en une langue humaine, et toute architecture du suprasensible passe par cette frontière entre deux mémoires, celle des mots et celle au-delà des mots. Le seul élément qui permet alors de construire une mémoire, hors de la mémoire des mots, passe par la dualité "présence-absence" de lumière.
Ce qui se manifeste tantôt comme "voyage", tantôt comme rencontre avec l'"Autre" et tantôt comme représentation de la divinité (âme, esprit) peut provenir de la même base. Cette base est à la fois en nous, partie de notre "livre mémoire", et aussi hors de nous, dans notre patrimoine collectif humain, avant l'invention des mots. L’expérience des chamans est une autre forme d’expérience réalisée depuis la nuit des temps.
Ernesto de Martino (1908 – 1965) a été professeur d’histoire des religions à l’Université de Cagliarie. Il développe une pensée originale et novatrice dont l’ œuvre fait actuellement l’objet d’une redécouverte sur le plan international, tant en anthropologie et en ethnologie que dans les sciences humaines en général.
En analysant des travaux d’ethnologues de son époque, il pose la question du contenu des rapports réalisés par des scientifiques européens. Il interroge ces collègues de la façon suivante : soit les chamans se situent hors de la réalité et leurs discours sont le fruit de leur imagination, soit ils véhiculent certaines vérités en eux. Quand, dans son œuvre colossale consacré au monde magique il analyse profondément les rapports des ethnologues, il y trouve un élément qui ressemble étrangement aux expériences mystiques dans Zekre. Ainsi, p. 141 : « dans la danse de bison chez les Dakota, la présence de bison par le danseur et la présence effective du bison constituent , pour nous, deux trait indépendants, mais dans la conscience du danseur Dakota la qualité commune de la présence imprègne si fortement le désir et les impulsions qu’elle efface la diversité : en vertu de la pure présence vécue, les deux ordres de faits deviennent une seul et même chose. » comme cet essai d’effacement des effets de signifiants. On trouve un autre exemple pertinent page 143 : « Considérons, par exemple, le Latah qui répète le bruissement des feuilles et des branches agitées par le vent. Cette forme d’imitation passive réalise pleinement la fusion affective du sujet et de l’objet : elle n’a cependant rien d’une imitation magique. »
Quelle expérience pourrait nous fournir une autre leçon d’humilité quant aux méthodes de notre propre laboratoire ?
· Troisième Exemple : découpage de l’Être humain, la découverte de l’Inconscient
Les différentes découvertes de Sigmund Freud peuvent se résumer de la façon suivante :
- placer le corps humain avec sa psyché dans un décor d’anthropologie,
- donner de l’importance à la mythologie, au savoir et à la connaissance orale, nommer les concepts analytiques grâce à des signifiants mythologiques,
- ouvrir l’être humain dans ses trois dimensions constitutives : le rêve, le fantasme et la réalité du quotidien,
- positionner un être humain dans une dynamique de prolongation depuis la naissance,
- la découverte de l’inconscient comme un lieu psychique basé sur le refoulement depuis la toute jeune enfance,
- relier l’ensemble des plaisirs humains autour d’une seule et unique origine depuis la naissance, et donc oser de parler de la sexualité enfantine,
- Et finalement mettre l’être humain au cœur de son milieu culturel…
Un détour par l’Inde nous apprend que l'on y trouve encore aujourd'hui 3 sortes de médecins : les médecins de pensée, les sages, les médecins de parole, (les chamans) et les médecins du corps, qui s'occupent uniquement du corps physique.
On relève également qu'au 18ème siècle, Mesmer, suivant la théorie du magnétisme animal, avait fabriqué des aimants en forme de cœur à poser à l'emplacement de celui-ci, en vue de soigner l'hystérie et ses effets psychosomatiques. Là aussi, on pensait que "le cœur" (la pensée) et le physique étaient liés.
En Chine, où le cœur est le centre psychosomatique, on dit que " le cœur est le roi du corps ".
Dans l'Egypte antique, en revanche, le cœur était le siège de la pensée et de la raison.
Comment est perçu le cœur en Islam ? Il est l'organe vital, il jouit d'une triple interprétation organique, spirituelle et mystique. Dans la poésie persane, on retrouve en permanence une lutte profonde entre "moi" et le cœur, comme en témoignent les citations suivantes : "je souhaite avoir "le cœur libre de moi et de nous" ou bien "je pleure pour mon cœur et il se moque de moi ». Dans la langue persane, j'ai dénombré à ce jour au moins 166 mots construits avec le signifiant "DEL" qui signifie "le cœur" non physique, mais la partie métaphorique du cœur.
En effet, autour des deux concepts de "Cœur" et "Inconscient", nous trouvons presque partout une idée que je ne développe ici mais qui fait partie de mes sujets de recherches et que j’ai présentée dans mes articles : dans plusieurs laboratoires culturels issus de nos différentes cultures, il existe déjà le sentiment d’un lieu psychique comme centre de nos sentiments, nommé cœur.

· Quatrième Exemple: de l’art rupestre à la calligraphie :
Les Perses ont échangé leur écriture cunéiforme contre l’alphabet Arabe. Cet alphabet de moins de trente caractères était essentiellement constitué de tirets uniformes qui se rencontraient par des angles de quatre-vingt-dix degrés. Au cours des quinze siècles qui s’écoulèrent, les Perses apportèrent deux modifications majeures :
- l’épaisseur des tirets évolua et les angles devinrent variables ;
- par la suite, un jeu d’harmonisation des courbes prit la place des tirets et des angles.
Pendant des siècles, avec patience et passion, les maîtres de la calligraphie Persane tâchèrent de mettre en harmonie cette calligraphie avec la totalité de la culture Perse. Les artistes contemporains Iraniens, en inventant une « calligraphie – peinture », nous permettent de saisir la beauté et la finesse de cette écriture. L’industrie de l’édition, l’imprimerie et les traitements de texte n’ont pas contribué à l’avancement de ces recherches calligraphiques.
Se laisser aller à l’influence des caractères, en se libérant du temps ; nager dans ces signes, être touché par la pluie des mots ; laisser le temps prendre en jeu des phrases et des vers, voilà ma passion qui se livre à vos yeux .
Où sont ces caractères glissant des mains de maîtres d’il y a mille ans sur des livres manuscrits ? Où sont ces mots brûlés par les Mongols ? Où sont ces poèmes perdus dans les déserts, fondus dans l’imaginaire et les nostalgies d’un peuple ? Où sont ces courbes grâce auxquelles un peuple voit le miroir de l’univers ?
Je les cherche ...
Je vous propose de nous arrêter sur la récente recherche sur l’origine de l’invention de l’écriture. Elle nous apporte une clé très intéressante qui confirme à la fois mon intuition surgie il y a plus de vingt ans, et la méthode comme un outil pédagogique que les maîtres calligraphes persans, essaient de formuler leur art ……. Il s’agit d’une nouvelle preuve, qui montre que les processus de découverte par nos intuitions et par les institutions ne sont que complémentaires. Ce que nous avons découvert par une méthode rigoureuse, un calcul poussé par une technologie très avancée, a été perçu par ces maîtres auparavant.
Examinons rapidement le résultat du travail de Changizi, chercheur américain qui livre une analyse strictement visuelle des écritures. Grâce à une étude approfondie des cerveaux et des singes dans les années 90, il affirme que « L’Homme se débrouille pour lire et écrire avec un cerveau qui n’a pas été fait pour ça ». Il constate également «l’existence dans le cerveau des singes d’une sorte de dictionnaire cortical des formes élémentaires. Une véritable mosaïque permettant de coder toutes les formes élémentaires retrouvées dans la nature. Combinant ces formes élémentaires codées dans notre cerveau: Un véritable alphabet pour d’écrire les objets. »

c- Et en guise de Conclusion :
Les laboratoires des connaissances et des constructions de nous-mêmes et de l’autre sont infinis au regard de notre temps : Sigmund Freud fit entrer le rêve et le fantasme dans les champs d’étude ; Ernesto De Martino introduit le discours du chaman.

Il ne faut pas hésiter à inventer des laboratoires, ils trouveront leur place dans l’avenir.

Le travail et l’invention ne s’y perdront pas.

Vivons avec notre être pour devenir .
« Sois amant, sinon, le cours du monde finira un jour
Et tu n’auras pas lu à quoi sert l’atelier de l’existence»