Iran six mois après une élection : un état des lieux, un bilan, un diagnostic.

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« Va et Vient : Protestations et Répressions dans un climat sans visibilité »

28 janvier 2010

Six mois après l’élection du 12 juin en Iran, après la chute du rideau. Un deuxième tournant nous attend. Ca ne peut pas continuer ainsi, un point de non retour a été franchi et pour avoir une visibilité plus claire un état des lieux s’impose.

Dans mon article de Libération de 3 juillet 2009, en confirmant que : « Les élections du 12 juin ont levé le rideau sur un coup d’Etat en mouvement », j’ai insisté sur la suite des événements en introduisant les acteurs de base et leurs enjeux : « Cette mise à nu du régime entraîne de nombreuses questions. Jusqu’où la population iranienne non liée au dispositif de pouvoir actuel est-elle prête à aller pour résister …? Comment et jusqu’où les dirigeants du mouvement protestataire, …, sont-ils prêts à accompagner la contestation et à l’approfondir ? Jusqu’à quand les acteurs du bazar et le clergé lié au bazar, … garderont-ils leur neutralité, …. Enfin, comment la communauté internationale et les pays de la région jouent-ils leur rôle,….. ». Que pouvons dire, six mois après ?

Un constat global des acteurs et des observateurs à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur est que la première phase de déni de mouvement nommée par Ahmadinejad comme des « Poussières » est derrière nous (dans son discours du 14 juin, il a comparé ceux qui contestent les résultats de l’élection à des “poussières” et a estimé que le nombre des manifestants ne dépassait pas celui des bulletins contenus dans une seule urne électorale.). Apres six mois le régime, y compris les différentes tendances, pouvoirs et acteurs évoquent la situation actuelle comme un problème à résoudre le plus vite possible. Le diagnostic et les solutions varient selon la position, l’intérêt, le niveau et le rôle de chacun de ces acteurs.

Faisons un état de lieu succins des événements par acteur: Les protestataires sont plus en plus violents. Leurs réclamations deviennent de plus en plus radicales. Les couches sociales des protestataires ne sont pas simplement des jeunes et des intellectuels de la capitale et de quelques grandes villes mais aussi des gens de toutes âges de villes moins importantes. Une méthode qui utilise les jours de manifestations utilisés par le régime depuis son installation comme une preuve de son soutien populaire et le prochain rendez- vous sera le jour de république Islamique : le 12 février. Le durcissement des répressions, des arrestations des dirigeants politiques et des manifestants, les traitements des prisonniers, des réactions des forces armées, des forces en civil est arrivé à son apogée depuis le décès de Khomeiny. Les journalistes sont en prison. Les journaux sont interdits. Des médias intérieurs sont sous contrôle et les média internationaux subissent des parasites très puissants. Il y a aussi des exécutions des opposants en vues. Des ONG nationales et internationales sont sous pression. Malgré les pressions très fortes exercées sur les dirigeants du mouvement, leurs revendications et leur méthode pacifiste basée sur le respect de la loi constitutionnelle et les manifestations dans la rue, bien que variant occasionnellement, ne changent pas radicalement :

Quelques personnalités du clergé, de haut niveau, ont pris fait et cause pour le mouvement. La réponse officielle était rapide et dure, a tel point que pour la première fois dans le système pyramidal du clergé chiite, un grand Marjaa Taglid ( signifiant littéralement source d’imitation se réfère à la seconde plus haute autorité dans le chiisme duodécimain, il se situe après le Prophète et les Imams chiites) protestataire a été déclaré inapte par le Conseil suprême des enseignants des écoles Coraniques de Qom, proche de pouvoir. Mais pour le moment, en attendant un retour à la normale, la majorité du clergé garde, au moins officiellement le silence. La communauté internationale perdant l’espoir du moindre compromis sur l’enrichissement d’uranium, se dirige vers le durcissement des sanctions plutôt politiques qu’économiques.

On peut avoir le sentiment de ce constat que de la part du régime, à ce jour, il y quatre catégories d’actions: Provocation, Communication, Répression, Négociation. Et cela sans avoir la possibilité de suivre les stratégies et les plans d’actions des acteurs à l’intérieur ainsi qu’à l’extérieur du régime. Il faut rappeler qu’il y là un manque flagrant d’informations fiables, un manque de visibilité sur les relations et la connaissance du niveau de pouvoir effectif des acteurs ainsi qu’un manque d’une certaine logique et de cohérence dans les discours.

On peut citer certaines provocations sur la scène internationale avec les pays voisins (des incidents frontaliers avec l’Iraq en décembre 2009), la mise en évidence de certain lien avec le conflit au Yémen, l’arrestation de ressortissants étrangers, l’ultimatum au groupe 5+1 au sujet d’enrichissement d’uranium. Notons certaines provocations internes, occupation des universités, blessures faites à des étudiants par armes blanches par des groupes en tenus civiles, attaques de mosquées et de lieux de culte fréquentés par les opposants.

Un ensemble de moyens de communications a été créé pour montrer la présence d’un complot imaginaire qui unie les ennemies intérieurs et extérieurs. Cet élément est introduit par l’ensemble des acteurs et des média du régime, comme une force puissante qui utilise tous les moyens possibles pour abattre l’essentiel du régime : Unité de Velayat-e-faghih et les forces fidèles : Pasdarans et les milices Basijis. Cette campagne est sans retenue et il y a aucune riposte possible car il y d’une part l’interdiction de la présence des média étrangers et d’autre part la censure des médias indépendants internes. En même temps la communication concernant la réponse aux vrais besoins quotidiens est tombée au deuxième plan dans un contexte économique défavorable.

La répression est appliquée sur les manifestants, les défenseurs des droits de l’homme, des leaders politiques et leurs proches, les partisans non chiites, les activistes kurdes…à deux niveaux. Dans un premier temps, ils utilisent les moyens légaux et illégaux et ensuite ils durcissent les moyens légaux à leur disposition pour faciliter l’application de la peine capitale et manipulation des opinions publiques. Deux opposants ont étés exécutés par mis 11 condamnés. En parallèle le régime prépare des interventions des milices en civil, au nom du peuple fidèle au principe de Velayat-e-faghih qui sort de tout contrôle direct et indirect, y compris du contrôle émanant des organes actuels du régime.

Et initialement il lance une campagne de médiation qui a pour objet d’isoler les plus décidés parmi des leaders actuels. Sans doute Rafsandjani joue un rôle clé dans l’orchestration de cette médiation. Ce qui pouvait être imaginé comme le rôle du guide dans son essence. Cette médiation produit un ensemble de déclarations et de lettres et une série de réponses du Guide et du gouvernement. Pour mesurer la difficulté des journalistes et des médias dans la situation actuelle, je traduis l’essentiel d’un article paru dans le journal indépendant, édité en Iran : « Donya-e-eqtesad, http://www.donya-e-eqtesad.com/, numéro 1985 édité en Iran, 5 janvier 2010 ». Je vous invite à suivre cet exemple dans lequel un journalise utilise son talent pour informer ces lecteurs dans les moments très difficiles et en résumé comprendre les contenus de ces déclarations :

« IRNA l’agence officielle presse du gouvernement ( iranien) dans un texte a réagi hier aux lettres des cinq activistes vivant à l’étranger, datée d’ hier et il écrit : ‘Quoi que Mir Hossein Moussavi dans la premier partie de son communiqué numéro 17 continue comme avant de supporter les insurgé , il propose ensuite cinq actions pour sortir de la situation actuelle et reconnaissance de gouvernement de Ahmadinejad, que ne convienne pas au goût de ses supporteurs vivants à l’étrangers et cinq d’entre eux dans un communiqué différents ont mis en oeuvre un plan pour se passer de Mir Hossein Moussavi.’

IRNA rapporte ce qui suit : On déclare dans ce communiqué ; signés par Abdul Karim Soroush, Abdolali Bazargan, Mohsen Kadivar, Akbar Gandji et Ataollah Mohajerani, une ressemblance avec les souhaits optimaux du mouvement vert’, sans doute irréalisables. L’Agence de presse du gouvernement écrit : ‘ Ces personnes habitants à l’étrangers en premier article de leur demandes comiques, contrairement au Mir Hossein Moussavi qui reconnait le gouvernement d’ Ahmadinejad, demande la démission d’ Ahmadinejad du poste de président de la république, l’organisation une autre élection et l’arrêt du contrôle à priori (des candidats aux élections par le conseil constitutionnel). Au dire de l’INRA, ce communiqué qui a été publié dans le site antirévolutionnaire ‘JARAS’, qui dépend de ces personnes, demande la suppression du conseil supérieur de la révolution culturelle, l’autonomie des universités, ce qui n’été pas demandé dans celui de Moussavi.. . IRNA ajoute : ‘ La liberté de tous les prisonniers politiques,de tous les médias, la reconnaissance des mouvements des étudiants et des femmes, les manifestations pacifiques et les partis politiques sont les points communs avec le communiqué de Moussavi.’ Sur la base du rapport de l’agence de presse du gouvernement, l’indépendance du pouvoir judiciaire et la restitution du poste de sa direction par élection sont les autres réclamations contraires aux lois constitutionnelles de ces individus …. »

On ajoute à cet ensemble des déclarations récentes des deux autres leaders des opposants ; Karobie et Khatami ; allant dans le même sens : acceptation direct ou indirect de la présidence d’ Ahmadinejad ainsi que l’autorité de Guide suprême.

La raison d’être des forces armées actuelles est contraire à ceux de l’époque du Shah. Les forces armées actuelles savent bien que seule la continuité de ce régime dans sa forme actuelle garantit la totalité de leurs avantages, de leur pouvoir, de leur liberté d’action et de leurs intérêts économiques. Le plus grave constat est que les Pasdarans, tout comme leur nom l’indique : « Gardiens de la Révolution Islamique », leur raison d’être est liée non pas à la protection des populations mais à la protection de la révolution Islamique et de son symbole, le concept de Velayat-e-faghih. Donc ces forces armées se battront pour leur existence

Pour le moment, il y a quelques signes très faibles d’ouverture de la télévision d’Etat et certaines libérations de proches des activistes politiques. Espérons que la campagne de médiation en cours arrive à mettre sous contrôle ses forces armées avec l’ensemble de leurs pouvoirs politique, économique, ainsi que leurs présences directes dans les exécutives, l’appareil judiciaire et le parlement. Dans le cas contraire l’Iran se prépare à un bain de sang interne ou externe, sauf une exception qui s’est déjà produit à plusieurs reprises pendant les deux derniers siècles dans son histoire. Cette exception est la prise de conscience de grands Ayatollahs du clergé chiite suivie par leur courage pour dissuader le guide et l’exhorter à se tourner vers la sagesse. Un exemple de ce courage, pendant les vingt dernières années, a été manifesté par l’Ayatollah Montazeri, décédé récemment et ses obsèques sont devenues aussi un prétexte efficace pour les manifestations du contre-pouvoir.

Si ces grands Ayatollah interviennent publiquement, la clé du début de la fin de la période république islamique, dans sa forme actuelle, se tournerait. Sinon cette fin arrivera mais en rouge, avec perte inutile et regret des vies humaines et des biens, une occasion perdue pour la construction du pays et de la région.

H. Makaremi

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